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Aider les médias, c’est maintenant!

Pour des titres comme «La Liberté» ou «La Gruyère», cette aide à la transition, limitée à sept ans, est de la plus haute importance. Par Serge Gumy

Keystone
«Craindre que les journalistes ne tombent à la solde des autorités tient du fantasme, d’autant que les aides publiques ne dépendent d’aucune condition quant aux contenus rédactionnels.»

Dans le cadre du référendum contre la «Loi fédérale sur un train de mesures en faveur des médias», nous publions une série de textes d’opinion signés par des responsables de médias et des journalistes.


Ses détracteurs l’accusent d’engraisser des milliardaires zurichois avec de l’argent public. Alors qu’il soit permis ici à l’éditeur de quatre titres régionaux (La Liberté, La Gruyère, La Broye, Le Messager) de l’affirmer haut et fort: le paquet de mesures d’aide aux médias soumis à votation le 13 février est en réalité une réponse équilibrée et adaptée aux défis, présents et futurs, du marché suisse de l’information.

Le Conseil fédéral et le Parlement ont tenu compte de la nécessité, pour les titres payants, d’accélérer leur transition numérique afin de s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation de l’information. Ils ont donc débloqué une enveloppe annuelle de 30 millions de francs, à répartir selon un barème dégressif: les médias réalisant une faible part de leur chiffre d’affaires sur leurs plateformes digitales seront proportionnellement davantage aidés que les grosses écuries.

Pour des titres comme La Liberté ou La Gruyère, cette aide à la transition, limitée à sept ans, est de la plus haute importance. Sans elle, nous n’aurons d’autre choix, pour monter en puissance sur le numérique, que de ponctionner des ressources humaines dans nos équipes actuelles. Il s’ensuivra une diminution prévisible de nos contenus rédactionnels, et donc un affaiblissement de notre offre. Dans une logique d’investissement, un soutien fédéral, au contraire, nous servirait de propulseur et accélérerait notre mise sur orbite digitale.

En cas de non le 13 février, il n’y aura ni plan B, ni probablement de majorité pour ressusciter une partie des mesures prévues.
Serge Gumy

Mais pourquoi craindre d’affaiblir le papier puisqu’il est de toute manière appelé à disparaître, me direz-vous? Détrompez-vous: bien qu’en érosion lente et inexorable, ce bon vieux papier demeure d’une totale actualité puisqu’il garde les faveurs de 90% des abonnés de La Liberté, par exemple, et continue de nous fournir l’essentiel de nos revenus publicitaires. Ainsi parle le marché en 2022! Soutenir – de manière dégressive, là aussi - la distribution des journaux fait donc parfaitement sens, qu’elle soit assurée par nos propres porteurs ou par La Poste. Au passage, on rappellera que les rabais sur la facture du facteur se pratiquent depuis 1849 dans notre pays, sans que l’indépendance des rédactions en ait souffert. Craindre que les journalistes ne tombent à la solde des autorités tient dès lors du fantasme, d’autant que les aides publiques ne dépendent d’aucune condition quant aux contenus rédactionnels.

Ajoutez-y un coup de pouce supplémentaire aux radios et TV régionales, et vous obtenez un consensus finalement très suisse où tous les acteurs du marché y trouvent leur compte. D’aucuns, pourtant, mégotent: à leurs yeux, le paquet compte trop de ci, pas assez de ça. D’autres promettent de revenir à la charge avec des volets dits «pas contestés», qui diffèrent d’ailleurs d’un opposant à l’autre. Mais soyons clairs: en cas de non le 13 février, il n’y aura ni plan B, ni probablement de majorité pour ressusciter une partie des mesures prévues.

Quant à l’avènement d’un droit voisin en Suisse, soit la reconnaissance d’un droit d’auteur pour les contenus journalistiques aujourd’hui pillés par les géants du web, au pas de la démocratie helvétique, il prendra des années – s’il se concrétise. Dans l’intervalle, la casse parmi les médias régionaux risque de se poursuivre avec, à la clé, un affaiblissement du débat démocratique et du fédéralisme. C’est donc maintenant qu’il faut aider la presse. L’urgence n’est pas d’attendre, mais bien d’agir.

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Serge Gumy

Groupe Saint-Paul Directeur et éditeur

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