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Une aide indispensable pour la presse d’information payante et tous les médias privés

Veut-on continuer à voir disparaître d’autres titres? C’est bien l’enjeu de cette votation. Par Stéphane Estival

Keystone
«Soyons clairs, ces 100 millions destinés aux journaux et périodiques et à la presse associative représentent une aide transitoire essentielle.»

Le train de mesures en faveur des médias appelle une première précision, dans la mesure où les oppositions semblent se cristalliser sur la presse - le secteur paradoxalement le mois soutenu de tous les médias avec actuellement seulement 30 millions via l’aide indirecte à la distribution postale: c’est bien l’ensemble des médias privés qui est concerné par cette loi, aussi bien les radios et télévisions privées que la presse écrite payante, y compris les agences de presse, sans oublier les organismes de formation. Mais contrairement aux éditeurs de contenus audiovisuels qui, eux, bénéficient d’un soutien à durée illimitée financé par la redevance, celui prévu pour les médias écrits, soit les deux tiers de l’enveloppe annuelle de 151 millions de francs, ne durerait que sept ans. Soyons clairs, ces 100 millions destinés aux journaux et périodiques et à la presse associative représentent une aide transitoire essentielle, équilibrée par ses montants et ses dispositifs de pondération en faveur des petits et moyens éditeurs.

Essentiel, parce que cet apport financier va aider à compenser les baisses inévitables de revenus liées à la contraction du marché publicitaire et à financer l’indispensable transition numérique de la branche.

Equilibrée par les montants, en rien assimilables à une prise de contrôle de l’Etat et encore moins synonyme d’ingérence dans la ligne éditoriale propre à chaque titre. Pour illustrer, au niveau des titres du groupe ESH Médias (Le Nouvelliste, Arcinfo, La Côte, Le Journal de Cossonay), l’aide indirecte à la distribution postale représente actuellement 3% de l’ensemble de nos charges; demain si la loi est adoptée, ce pourcentage passerait à seulement 9%.

La presse d’information est et restera le moins aidé des médias, alors que c’est celui qui emploie le plus de journalistes et qui produit donc le plus de contenus. Equilibrée aussi car prévue pour une phase «transitoire». Une transition complexe mais déjà entamée vers un modèle d’affaires qui accorde davantage de place et d’importance au numérique et qui, à terme, pourrait signifier moins de revenus publicitaires.

Si ce processus est d’ores et déjà engagé, il est évident que le soutien fédéral est indispensable pour accompagner cette transformation digitale qui s’est accélérée avec la pandémie et qui risque de laisser de nombreux petits titres, qui ne disposent pas des ressources pour financer cette transition, sur le carreau.

C’est en renforçant la position des médias régionaux – ce que propose la Confédération – que l’on pourra maintenir leur indépendance et, partant, la diversité de la presse et des opinions.
Stéphane Estival

Nous met-elle à la merci des grands groupes de presse et de leur, soi-disant appétit insatiable pour les petits journaux? Tout d’abord, d’appétit insatiable, il est sans doute moins question vu les difficultés économiques qu’éprouve le secteur des médias dans son ensemble, qui n’épargnent pas les titres appartenant aux grands groupes.

En outre, c’est en renforçant la position des médias régionaux – ce que propose la Confédération – que l’on pourra maintenir leur indépendance et, partant, la diversité de la presse et des opinions. Depuis la fin des années 1980, le nombre de publications en Suisse est passé de 380 à 170. Veut-on continuer à voir disparaître d’autres titres? C’est bien l’enjeu de cette votation.

En ce sens, cette loi apporte un ballon d’oxygène indispensable aux éditeurs qui doivent poursuivre leur nécessaire adaptation à notre ère numérique. Il ne saurait donc être question de s’installer dans une aide structurelle massive, mais bien d’aider à passer un cap difficile pour le bien de la presse et de l’information et, in fine, pour la qualité de notre démocratie et pour notre modèle de société.


* L'auteur est également président de Médias Suisses

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Stéphane Estival

Groupe ESH Médias CEO

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