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La saison du «tapering» est lancée

Avec moult précautions oratoires, la BCE fait un premier pas en direction de la normalisation monétaire.

Après avoir engrangé une moisson de records historiques durant l’été, les grands indices américains affichent un léger recul qui pourrait préfigurer un automne tourmenté sur les marchés financiers. Le repli des actions fait écho à un épisode de redressement des taux d’intérêt à long terme qui a conduit le rendement du T-Note US de 1,17% à 1,37%. Au moment de rédiger ces lignes, la zone de turbulences semble déjà surmontée: les rendements à moyen et long terme ont légèrement reflué et les investisseurs ont renoué avec une tactique d’achats sur faiblesse qui s’est révélée profitable depuis le printemps 2020.

Ce climat d’insouciance pourrait être remis en question par un changement de cap de la politique monétaire archi-accommodante conduite par la Réserve Fédérale. La réunion du FOMC des 21 et 22 septembre revêt donc une importance particulière. Une décision formelle de réduire immédiatement les achats d’actifs est très improbable, mais la banque centrale pourrait dévoiler une feuille de route impliquant d’un processus de «tapering» avant la fin de l’année, peut-être dès novembre.

Plusieurs indicateurs attendus prochainement pourraient influencer l’issue de la réunion du FOMC. Une poussée accrue de l’inflation en août devrait renforcer le poids des «faucons». La progression soutenue des prix à la production en août (0,7% mensuel, 8,3% en glissement annuel) met en lumière des tensions persistantes dans la chaîne d’approvisionnement globale et dans la fabrication de produits manufacturés. L’indice des prix à la consommation, attendu ce mardi, permettra de mieux jauger la situation sur le marché des services. Les ventes au détail et la production industrielle compléteront un menu qui s’annonce copieux, contrairement à la semaine passée pour laquelle on se bornera à relever un déclin des demandes d’indemnités de chômage (310.000 selon le dernier relevé hebdomadaire, au plus bas depuis le début de la pandémie).

Une baisse modérée des achats

Précédant la Réserve Fédérale, la BCE a annoncé une inflexion de sa politique monétaire. Comme évoqué dans notre précédent commentaire, le Conseil des gouverneurs n’a pas remis en question la taille du programme d’achats d’actifs mis en œuvre en réaction à la pandémie (le PEPP chiffré à 1850 milliards d’euros), mais elle a annoncé une baisse modérée des achats qui avaient été augmentés en mars. Concrètement, le rythme des achats pourrait diminuer de 80 milliards d’euros par mois à 70 ou 60 milliards jusqu’à la fin de l’année. La suite du programme et les modalités de l’arrêt du PEPP devraient être dévoilées en décembre si l’économie européenne poursuit le redressement escompté. A cet égard, les dernières projections de croissance de la BCE s’établissent à 5% pour 2021, 4,6% pour 2022 et 2,1% pour 2023.

L’audace ne fait pas partie de l’ADN de la BCE 

Sur le front de l’inflation, la BCE a révisé à la hausse toutes ses prévisions: le renchérissement devrait atteindre 2,2% en 2021 avant de refluer progressivement pour s’établir à 1,5% en 2023 (1,4% précédemment). Cette prédiction à long terme est compatible avec un relâchement des efforts de relance, mais plaide résolument contre un resserrement effectif de la politique monétaire. 

Le «tapering light» amorcé par la BCE met en lumière l’influence significative des tenants d’une certaine orthodoxie au sein du Conseil des gouverneurs. Ce premier pas vers la normalisation monétaire suggère que les conclusions de la revue stratégique dévoilées en juillet n’impliquent pas de grande rupture. L’audace ne fait pas partie de l’ADN de la BCE, hormis dans les cas d’urgence systémique. Ce premier pas de la BCE n’a pas eu d’effet tangible sur les taux d’intérêt en euros qui ont légèrement fléchi au cours de la semaine écoulée.

Commentaires

François Christen

One Swiss Bank à Genève

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