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Un terreau inflationniste de plus en plus fertile

La flambée des prix de l’énergie et les tensions salariales accrues compliquent la tâche des banques centrales.

Sous pression depuis mi-septembre, les marchés obligataires occidentaux ont poursuivi leur repli la semaine passée. Aux États-Unis, le rendement du T-Note US a franchi 1,6% suite à la publication d’un rapport de l’emploi qui met en lumière une accélération de l’inflation salariale. En «headline», l’embauche nette s’est révélée décevante: 194.000 postes ont été créés alors que le «consensus» en attendait près de 500.000. Cette déception est toutefois relativisée par la croissance soutenue de l’emploi dans le secteur privé (occultée par une chute curieuse, peut-être aberrante, de l’emploi public) et par le déclin du taux du taux de chômage, de 5,2% en août à 4,8% en septembre, dû à une diminution malvenue de taux de participation au marché du travail.

A ce jour, l’emploi total présente encore un recul de

5 millions par rapport au pic atteint en janvier 2020. Les États-Unis sont donc assez loin de l’objectif d’emploi maximal visé par la Fed, mais il s’avère que de nombreuses personnes, notamment des femmes, ont quitté le marché de travail durant la pandémie et ne semblent pas pressées d’y revenir malgré la normalisation graduelle de la situation sanitaire, la réouverture des écoles et des indemnités de chômage moins généreuses.

Des risques de spirales inflationnistes

En bref, la faiblesse de l’embauche aux États-Unis est trompeuse et pourrait résulter, en partie, d’un assèchement de l’offre de travailleurs propice aux revendications salariales. A cet égard, la progression du salaire horaire moyen a atteint 4,6% en glissement annuel, alors qu’elle s’établissait à 4,0% un mois auparavant. Lentement, mais assez sûrement, les États-Unis se retrouvent confrontés à des risques de spirales inflationnistes amplifiés par la flambée des prix de l’énergie (gaz, pétrole et charbon) et les nombreux goulets d’étranglements qui entravent la chaîne d’approvisionnement globale.


L’Europe théâtre de tensions assez vives

Outre le rapport de l’emploi, plusieurs indicateurs traduisent une expansion soutenue des activités de services. L’indice ISM consacré à ce secteur affiche un gain peu significatif pour s’établir à 61,9 en septembre. En léger repli à 54,9, le PMI publié par Markit s’inscrit à un niveau plus modeste, mais traduit une expansion robuste. Ces nouvelles devraient conforter le FOMC dans sa volonté d’accomplir un premier pas, prudent, vers la normalisation des conditions monétaires. La Réserve Fédérale n’a pas placé la barre très haut pour réduire le rythme des achats d’actifs. L’étape suivante, impliquant un relèvement des taux d’intérêt monétaires, se profile à un horizon de temps encore incertain. Les contrats «futures» du COBE sur le taux d’intérêt des Fed funds préfigurent un premier tour de vis dès l’automne 2022.

En Europe, le marché des capitaux en euros est aussi le théâtre de tensions assez vives. Le rendement du Bund allemand à 10 ans s’est rapproché de -0,1%, retrouvant un niveau brièvement exploré en mai alors les investisseurs estimaient que la crise sanitaire serait bientôt surmontée grâce aux vaccins. Le variant Delta a remis en question ce pronostic, mais la reprise de la zone euro n’a pas déraillé au troisième trimestre et pourrait se renforcer au cours des prochains mois si la situation sanitaire continue à s’améliorer.

Au Royaume-Uni, le rendement du «Gilt» à dix ans a atteint 1,2%, un niveau qui n’avait plus été observé depuis avril 2019, alors que le gouverneur de la Banque d’Angleterre a laissé entrevoir la possibilité d’un relèvement des taux d’intérêt de base avant la fin de l’année. En Suisse, le rendement des emprunts de la Confédération à dix ans s’est redressé aux environs de -0,06% et s’établit au plus haut depuis fin 2018.

Commentaires

François Christen

One Swiss Bank à Genève