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BCE: des étrennes pour 2021

Attendue au tournant par les marchés, la Banque centrale européenne s'apprête à renforcer ses mesures expansionnistes jeudi à l'issue de sa réunion de politique monétaire.

Ce jeudi, la Banque centrale européenne devrait accélérer sa politique monétaire expansionniste. Si le taux de dépôt sera maintenu à -0,50%, deux annonces sont très attendues par les intervenants de marché. D’une part, les rachats d’actifs du programme d’urgence pandémie seront étendus de 500 milliards d’euros et rallongés jusqu’à fin 2021. D’autre part, les banques commerciales devraient bénéficier de nouvelles opérations de refinancement au taux préférentiel de -1%.

Ces mesures seront justifiées par une révision des prévisions économiques. L’inflation devrait être moins forte que prévue en 2021 et sous les 1%. Ce, en raison de l’appréciation de l’euro contre le dollar qui devrait amener la BCE à relever de 4% sa prévision de change pour 2021 à 1,23. Surtout, l’environnement déflationniste en ce quatrième trimestre n’a jamais été aussi important. En novembre, les prix diminuaient de 0,3% sur un an. Surtout, la part des biens et services dont la croissance est négative atteint désormais 40% et celle dont les prix diminuent depuis un an est de 65%. 

Keystone

Pour la huitième fois de son histoire, la BCE annoncera de nouveaux rachats. Ce sera surtout la première fois, exception de mars 2015 et la première annonce des rachats d’actifs, que les décisions seront prises dans un environnement déflationniste. Les attentes des intervenants de marché sont donc élevées ce qui s’est déjà traduit depuis septembre par la baisse de moitié des taux souverains de la périphérie. Le taux portugais à 10 ans est désormais négatif, celui espagnol nul et celui grec atteint désormais 0,6%. Depuis la création de la zone euro, la convergence des taux n’a jamais été aussi forte entre les pays et la fragmentation financière si faible !

La conférence de presse sera aussi l’opportunité pour Christine Lagarde d’apporter de nouveaux éléments sur trois sujets. Premièrement, la décision d’un verdissement généralisé des rachats d’actifs n’est pas actée, tout comme la stratégie de politique monétaire de la BCE. Secondement, la BCE pourrait augmenter le montant de réserves excédentaires exemptés des taux négatif pour soutenir la profitabilité de son système bancaire. Le multiple appliqué est actuellement de 6 et bien inférieur au ratio de 30 appliqué par la BNS. Enfin, la fin des suspensions de paiement et le report des procédures de faillites conduiront à une vague de défaut significative des entreprises européennes en 2021 qui justifieraient l’extension des rachats aux crédits spéculatifs.

Cette dernière option contribuerait à l’augmentation du bilan de la BCE qui excèdera les 60% de son PIB fin 2021. Un niveau supérieur à la Réserve fédérale mais deux fois inférieur à celui de la Banque centrale japonaise. L’expansionnisme monétaire européen se poursuivra.

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Arthur Jurus

Landolt & Cie Chef économiste