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Une Fed anxieuse qui cherche à (se) rassurer

Jerome Powell mise toujours sur un reflux spontané de l’inflation sans éluder certains doutes.

La semaine dernière, Jerome Powell a présenté son rapport semestriel de politique monétaire aux représentants du Congrès. Il a réitéré que la récente hausse de l’inflation était temporaire et a défendu la décision de maintenir les mesures de soutien à l’économie en place pour se rapprocher de l’objectif de plein-emploi. Lors de la session de questions-réponses, le patron de la Fed a tout de même concédé que la poussée inflationniste rendait les gouverneurs anxieux et a assuré que ses collègues et lui étaient prêts à ajuster la politique monétaire si les anticipations d’inflation devaient déraper.

L’inquiétude vis-à-vis d’une accélération de l’inflation est plus que légitime au regard des derniers chiffres. En juin, l’inflation des prix à la consommation a une nouvelle fois dépassé les attentes avec des hausses de 0,9% sur un mois et de 5,4% sur un an, atteignant ainsi le taux annuel le plus élevé depuis août 2008. En outre, l’inflation sous-jacente mesurée par l’indice excluant les composants alimentaires et énergétiques a grimpé de 3,8% en mai à 4,5% en juin, un rythme qui n’avait plus été observé depuis le début des années 90.

L’accélération exceptionnelle du prix des voitures d’occasion

Cependant, la thèse du caractère transitoire de cet envol des prix peut encore être défendue. L’effet de base est défavorable, notamment pour le secteur des services qui fait face aujourd’hui à une forte demande alors qu’une pléthore d’entreprises avaient dû suspendre leurs activités durant le printemps 2020. Par ailleurs, l’accélération exceptionnelle du prix des voitures d’occasion, qui a atteint 10,5% sur le seul mois de juin après des hausses mensuelles de 7,3% en mai et 10% en avril, explique un tiers de la récente hausse de l’inflation. Or, cette tendance ne saurait perdurer et devrait même s’inverser avec la résorption de l’écart entre l’offre et la demande.

Quoi qu’il en soit, les rendements du Trésor ne reflètent pas de craintes inflationnistes. Le taux de référence à 10 ans vient de refluer en dessous de la barre de 1,25% tandis que les rendements à 30 ans se sont ancrés sous le seuil de 2%. Les doutes reflétés par de tels niveaux portent plutôt sur les perspectives de croissance que sur la hausse des prix. Certes, les indicateurs d’activité publiés récemment suggèrent que la reprise suit son cours aux Etats-Unis. Les ventes au détail et la production industrielle ont progressé en juin (respectivement +0,6% mensuel, +18% annuel et +0,4% mensuel, +9,8% annuel) et les enquêtes régionales de la Fed de New York et celle de Philadelphie indiquent une poursuite de l’expansion manufacturière en juillet.

La crise du Covid-19 n’est toujours pas surmontée

La confiance des consommateurs s’effrite toutefois d’après l’indice calculé par l’Université du Michigan, qui est retombé de 85,5 en juin à 80,8 en juillet et se situe à nouveau plus proche des profondeurs de l’an dernier (71,8 en avril 2020) que du sommet (101 en février 2020) atteint avant l’apparition de la pandémie. En outre, malgré une campagne de vaccination bien avancée aux Etats-Unis et en Europe, la crise sanitaire n’est toujours pas surmontée et l’émergence de nouveaux «variants» risque d’entraver la croissance plus longtemps que prévu. Cette perspective explique pourquoi les gouverneurs de la Fed préfèrent jouer la montre avant de réduire les stimuli monétaires. Pour l’heure, l’aplatissement de la courbe des rendements américaine leur donne raison.

Commentaires

David Duran

One Swiss Bank à Genève

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