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La goutte d’eau Evergrande...

La chute brutale des cours des banques lundi est vraisemblablement surfaite. Les prêts ont essentiellement été consentis par des banques chinoises, liées à l’Etat.

Dans une ambiance déjà morose, le mois de septembre étant historiquement peu favorable aux actions sur le plan saisonnier et leur valorisation étant désormais élevée, un risque jusqu’ici quelque peu obscur à l’étranger a secoué les marchés financiers de l’Asie à l’Europe et aux Etats-Unis. La séance du lundi 20 septembre a marqué la pire baisse des indices boursiers enregistrée en trois mois. Le rendement des bons du Trésor US a baissé à 1,32% à dix ans, les investisseurs recherchant des valeurs refuge.

A l’origine apparente de toute cette volatilité, la faillite possible d’Evergrande, l’un des principaux promoteurs immobiliers chinois. Endetté à plus de 300 milliards de dollars et depuis longtemps en difficulté, la société a annoncé jeudi faire défaut sur 83,5 millions de paiement d’intérêts sur ses obligations. La crainte d’un éclatement d’une bulle avec un secteur qui représente près de 28% de l’économie chinoise préoccupe. La Chine aurait-elle sa Lehman Brothers?

Une crise de liquidités

La question est surtout de savoir si les autorités vont intervenir pour mettre un filet de sécurité et limiter une crise de liquidités qui s’étendrait aux sociétés immobilières chinoises et de Hong Kong. Il reste que le marché est très fragmenté, la part d’Evergrande étant estimée à 4%, ce qui réduit le risque de pression significative sur les prix de l’immobilier. La chute brutale des cours boursiers des grandes banques mondiales lundi est vraisemblablement surfaite, dans la mesure où les prêts ont essentiellement été consentis par des banques chinoises, liées à l’Etat.

En fait, ce dernier évènement ne fait que mettre en avant la répression règlementaire qu’exerce depuis de nombreux mois la Chine sur la plupart des activités, en commençant par celles d’Alibaba. Les restrictions se sont étendues aussi à l’activité industrielle, ce qui se reflète dans la baisse du prix des matières premières, laissant prévoir un ralentissement de la croissance du PIB.

Un durcissement de la politique monétaire

La perte de confiance n’est certes pas due uniquement aux aléas chinois. Le moment choisi n’est en effet pas le meilleur car les investisseurs se préparent également à un durcissement de la politique monétaire de la Réserve fédérale à l’issue de sa réunion ce mercredi. Ils se demandent quel sera le calendrier des réductions d’achats d’actifs par la Fed et sont à l’affût de tout signe indiquant un relèvement potentiel des taux d’intérêt à court terme en 2022. 

Le rapport sur l’inflation du mois d’août (+4%) a toutefois ravivé l’espoir que c’est un phénomène transitoire et que la progression de l’indice des prix ira vers 2-2,5% quand la poussière retombe. Une confrontation au Congrès entre républicains et démocrates au sujet de la dette ainsi que la diffusion du variant delta du coronavirus, avec le plus grand nombre de décès par jour (2000) aux Etats-Unis depuis mars dernier, renforce l’inquiétude.

Prolifération d’IPO

Le marché des introductions en bourse (IPO) a déjà levé plus d’argent en 2021 qu’en 2000, lors du boom des dot-com. Et cela n’est pas terminé, le marché américain des IPO se prépare à une autre semaine chargée, avec 14 introductions de prévues, à moins que les craintes de contagion d’un éventuel défaut du géant immobilier chinois Evergrande n’amènent les émetteurs à reporter leurs plans. Depuis le début de l’année, plus de la moitié des sociétés qui se sont mises sur le marché public se traitent à des prix supérieurs à celui de leur introduction, avec un rendement moyen de 13%. A titre d’exemple, rien qu’en septembre, 10 introductions sur 11 sont évaluées au-dessus de leur prix initial et affichent un rendement de 55% en moyenne. La semaine dernière a été particulièrement riche en IPO qui ont toutes été bien accueillies par le marché. Parmi les plus performantes se trouvent la biotech Dice Therapeutics (+108%), le détaillant de café Dutch Bros Inc. (+124%) et bien sûr la petite sportive suisse On holding (+50%). L’entrée en bourse de On holding a été un succès et s’est établie au prix de 24 dollars, bien au-dessus de la fourchette de départ proposée à 18-20 dollars. La société a ainsi pu lever 610 millions de dollars pour une valorisation de 6.5 milliards de dollars. L’introduction en bourse est un tremplin pour le fabricant de chaussures de sport suisse qui envisage une expansion internationale et l’investissement dans l’innovation de leur technologie et la durabilité. Aujourd’hui, le marché des introductions en bourse est en effervescence, rien que cette semaine, 14 IPO sont attendues et devraient lever 5.5 milliards de dollars, et s’approche du record de l’an 2000, avec ses 294 sociétés et 100.5 milliards de dollars de fonds levés. Probablement que nombre d’entre elles ne vont pas connaître le succès espéré sur le long terme, il ne reste plus qu’à miser sur le prochain Gafam.

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Mickaël Gonçalves

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