La BRI appelle les banques centrales à ne pas laisser l'inflation s'enraciner

«Le risque de stagflation plane au-dessus de l'économie mondiale» et il faut agir «sans tarder» a averti la Banque des règlements internationaux dans son rapport annuel dimanche.

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Alors que la Fed a procédé à sa plus forte hausse de taux depuis 1994, la BCE prévoit de relever les siens en juillet puis septembre.

Atterrissage en douceur ou pas de l'économie, la priorité des banques centrales doit être de ne pas laisser l'inflation s'enraciner alors que «le risque de stagflation plane au-dessus de l'économie mondiale», avertit dimanche la Banque des règlements internationaux (BRI)

Dans son rapport annuel, cette institution basée à Bâle, en Suisse, estime que les banques centrales vont devoir «agir de manière décisive» et «sans tarder» pour assurer le retour à une inflation faible et stable, tout en limitant l'impact sur la croissance.

Tournant avec l'invasion de l'Ukraine

«Assurément, il serait préférable d'avoir un atterrissage en douceur», a soupesé Agustín Carstens, son directeur général, et ancien gouverneur de la banque centrale du Mexique, lors d'une conférence de presse à l'occasion de la publication de ce rapport.

«Mais même si ça n'est pas le cas, la priorité doit être de combattre l'inflation», a ajouté le directeur de cette institution considérée comme la banque centrale des banques centrales, afin d'empêcher l'économie mondiale de s'installer «dans un régime d'inflation élevée».

Après le choc de la pandémie, les banques centrales avaient d'abord considéré le retour de l'inflation comme transitoire lorsque l'économie avait redémarré. Mais la hausse des prix a nettement accéléré depuis l'invasion de l'Ukraine, les amenant à donner un brusque tour de vis sur leurs taux directeurs.

Si la Banque centrale européenne prévoit de relever ses taux en juillet, puis septembre, la Réserve fédérale américaine a procédé la semaine dernière à sa plus forte hausse de taux depuis 1994.

Différences avec les années 1970

Mercredi, son président, Jerome Powell, a reconnu qu'une récession était «certainement une possibilité», même si cela n'est «pas du tout l'effet recherché», a-t-il précisé, déclenchant de vifs soubresauts sur les marchés financiers.

Dans son rapport annuel, la BRI, qui publie régulièrement des études sur les grandes questions de politique monétaire, s'est penchée sur la stagflation des années 1970, lorsque les chocs pétroliers de 1973 et 1979 avaient fait bondir l'inflation.

En 1973, les prix du pétrole avaient plus que doublé en l'espace d'un mois, soit beaucoup plus qu'aujourd'hui. Le pétrole occupait alors une place beaucoup plus importante dans l'économie, a-t-elle analysé.

De surcroît, l'inflation était déjà en hausse avant le choc pétrolier alors que l'économie mondiale sort aujourd'hui d'une longue phase de faible inflation.

Avertissement sur la spirale des salaires

Mais la BRI a aussi mis en lumière d'autres points de vulnérabilité, dont le niveau élevé actuellement de la dette aussi bien privée et publique. Et avec la guerre en Ukraine, l'inflation ne concerne cette fois pas uniquement le pétrole, mais aussi d'autres sources d'énergie, les matières premières agricoles, les engrais et les métaux.

Le défi le plus urgent pour les banques centrales est donc de ramener l'inflation à un faible niveau, selon la BRI. Les situations d'inflation élevée tendent à s'auto-renforcer, avertit la BRI, notamment lorsque s'enclenche une spirale sur les salaires pour tenter de compenser la hausse des prix, alimentant à leur tour l'inflation.

«Si l'inflation s'installe durablement, les coûts pour en reprendre le contrôle seront plus élevés», a prévenu M. Carstens. Selon lui, «les avantages à plus long terme d'une préservation de la stabilité pour les ménages et les entreprises dépassent tous les coûts à court terme».

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