Une fiscalité clémente est-elle si importante?

SWITZERLAND INC. Attirer des entreprises étrangères sans agressivité fiscale, c'est possible. Par Philippe D. Monnier

Keystone
Le secrétaire général de l'OCDE, Mathias Cormann, avec Guy Parmelin en juillet 2021 en Suisse.

L’imposition minimale de 15% n’a pas fini de faire couler de l’encre. Dans ce contexte, une question clé est l’importance de la fiscalité pour retenir et attirer des entreprises multinationales. Permettez-moi de suggérer une réponse sur la base de mes cinq ans à la tête du Greater Geneva Bern area (GGBa), l’organisation chargée d’attirer des sociétés étrangères en Suisse occidentale.

En 2010, lorsque j’ai pris les rênes du GGBa, j’ai constaté que nos interlocuteurs au sein des multinationales étaient presque toujours des «Tax Vice Presidents»: c’est dire à quel point la fiscalité était historiquement l’atout clé pour attirer des sociétés et cela pour deux raisons.

Primo, en combinant divers instruments, il était souvent possible d’offrir dix ans d’exonérations fiscales et de proposer ensuite des taux à vie» de 6% à 9%. En comparaison avec les 25% à 35% en vigueur dans d’autres pays, cette clémence était irrésistible. Ces atouts fiscaux n’était pas publiquement mis en avant. Je dirais même plus: lors d’échanges successifs avec trois conseillers fédéraux en charge de l’économie ou des finances, je me suis rendu compte qu’un seul était familier avec ces pratiques fiscales. Segundo, la fiscalité présente l’avantage d’intéresser presque toutes les entreprises du monde, quel que soit leur domaine d’activités ou leur taille.

La fiscalité représente environ 25% de l’attrait d’une région
Philippe D. Monnier

En 2010, le problème était que la fiscalité suisse venait de perdre une grande partie de son attrait. Pire: suite aux attaques de l’UE, il était certain que la Suisse allait devoir abandonner ses cinq statuts fiscaux spéciaux. Par conséquent, à mon arrivée au GGBa, il m’a été pour ainsi dire interdit de mettre en avant… la fiscalité. Le défi urgent était alors de définir de nouveaux atouts. Nous avons donc passé nos jours et nos nuits à développer de nouveaux argumentaires par industrie et par fonction, le tout résumé sur plus de mille pages. Nous avons aussi mis en place des stratégies audacieuses pour entrer en contact avec les CEO de grandes multinationales. Notre travail nous a permis d’attirer un nombre record d’entreprises à haute valeur ajoutée (et sans avoir recours à des supercheries dans la manière de comptabiliser ces implantations).

Malgré tout cela, force a été de constater que la fiscalité est toujours restée un thème clé, souvent abordé par nos entreprises cible. J’en conclus donc que la fiscalité représente environ 25% de l’attrait d’une région.

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