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Les bienfaits de la restructuration de Novartis

SWITZERLAND INC. La suppression de 8000 emplois dans le monde n’est pas uniquement une mauvaise nouvelle. Par Philippe D. Monnier

KEYSTONE
«Sans la fermeture de Merck Serono, Genève n’aurait pas le Campus Biotech.»

L’annonce récente par Novartis d’une grande restructuration (réduction de 1400 emplois en Suisse et de 8000 emplois dans le monde) a créé l’émoi au vu des profits considérables réalisés par ce géant de la pharma. Une telle restructuration est bien sûr regrettable car elle va générer beaucoup stress pour une multitude d’employés et leurs familles.

Néanmoins, une telle réorganisation va probablement aussi permettre un accroissement important de l’efficacité et la profitabilité de ce fleuron technologique bâlois. Le corollaire: davantage d’impôts pour la collectivité et une meilleure capacité de conquérir de nouveaux marchés, par exemple aux Etats-Unis.

Mais l’aspect le plus important dans cette restructuration est sans doute la «libération» de forces vives pour d’autres initiatives ou d’autres entreprises. Aux oreilles de beaucoup, cette affirmation frise sans doute le dogmatisme ultralibéral. Néanmoins, mon expérience suggère que cela n’est pas le cas. Etant fortement impliqué dans plusieurs jeunes pousses, je réalise à quel point il est difficile pour ces nouvelles entreprises de débaucher des cadres et des spécialistes d’entreprises comme Google ou Novartis. En l’absence d’événements externes comme une restructuration majeure, ces tentatives sont même souvent vaines.

Autre exemple: lorsque j’étais responsable de la promotion économique de la Suisse occidentale, la fermeture du site genevois de Merck Serono et le licenciement de ses 1250 salariés ont été vécus comme un choc. La question fondamentale qui se posait alors était: avec quels arguments crédibles attirer des belles entreprises étrangères en Suisse suite à la délocalisation de nos propres fleurons?

Il est toujours préférable de restructurer en période de forte profitabilité et de plein emploi
Philippe D. Monnier

Néanmoins, nous nous sommes rapidement rendu compte que cette fermeture de Merck Serono était une aubaine pour la promotion économique: ce n’était même plus nous qui démarchions les entreprises étrangères mais c’était ces sociétés qui prenaient contact avec nous. En effet, ces entreprises avaient tout de suite flairé l’opportunité d’engager des compétences hautement recherchées.

Naïvement, nous avons même supposé que Merck Serono allait coopérer dans ce sens mais, bien au contraire, leur priorité était de convaincre une bonne partie de leurs employés d’accepter un transfert en Allemagne, aux Etats-Unis ou en Chine. Avec dix ans de recul, il semble évident que sans la fermeture de Merck Serono, Genève n’aurait pas le Campus Biotech ou le projet Human Brain et compterait moins de sociétés étrangères, de start-up ou de spin-off.

Finalement, il est toujours préférable de restructurer en période de forte profitabilité et de plein emploi que durant des périodes difficiles. D’un côté, les restructurations exigent souvent des investissements conséquents; d’autre part, il est beaucoup plus humain de précipiter de nombreux salariés hors de leur zone de confort lorsque leurs compétences sont fortement recherchées par le marché.

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Philippe D. Monnier

Entrepreneur et administrateur

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