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Vous avez dit stagflation ?

La situation, qui suscite nombre d’interrogations, nécessite une approche de gestion plus défensive.

La semaine passée, qui s’est soldée par la plupart des indices boursiers en modeste hausse, a été marquée par une volatilité accrue. Les secteurs de l’énergie et de l’automobile ont bien performé, alors que la technologie a été pénalisée par la hausse du rendement des obligations US à dix ans à 1,6%. Les inquiétudes inflationnistes, avec le cours du baril de pétrole au plus haut depuis 2014, l’incertitude concernant la résolution de la question du plafond de la dette et les interrogations sur la tenue du marché de l’emploi américain se sont conjuguées pour rendre les investisseurs plus hésitants.

La volonté des pays de l’OPEP de ne pas augmenter l’offre de façon consistante et la position des Etats-Unis qui n’entendent pas puiser dans leurs réserves stratégiques font que les cours de l’énergie ont continué de grimper, ravivant les craintes de renchérissement des prix à la consommation.

Par ailleurs, avec seulement 194.000 créations d’emplois en septembre, alors que 500.000 étaient attendues, le rapport sur l’emploi a alimenté l’idée d’un ralentissement économique. On a pu se demander du coup si la Fed, qui vise le plein emploi, reculerait éventuellement son processus de «tapering» c’est à dire de réduction des achats d’actifs obligataires.

L’idée d’une inflation plus persistante que prévu a cependant dominé, avec des tensions sur les taux. La reprise économique postpandémie se situe effectivement dans une phase plus mature, donc plus incertaine. Le mot d’ordre est devenu stagflation, souvenir des années 70, ce qui n’est ni favorable aux titres à revenu fixe ni aux actions et nécessite une approche de gestion plus défensive.

Le sort du rally des valeurs bancaires, qui ont déjà bien performé cette année, va surtout dépendre de l’évolution des taux longs et de leurs perspectives concernant l’activité de prêts. La perspective de hausse des taux, avec une pentification de la courbe, permettrait d’accroître la marge nette, autrement dit l’écart entre le coût des dépôts et les intérêts sur les crédits octroyés. Les résultats pour le troisième trimestre des grandes banques américaines seront présentés à partir de ce mercredi. La croissance bénéficiaire est attendue en moyenne à +20% sur un an et elles ont notablement réduit leurs réserves pour pertes de crédit, ce qui est déjà reflété dans la hausse des résultats par action et les cours boursiers.

Un grand défi pour les banques est d’arriver à limiter la perte de terrain vis-à-vis des autres prêteurs dans un environnement où les ménages hésitent à s’endetter. Le secteur, et ceci s’applique aussi aux bancaires européennes, reste relativement bon marché en termes d’évaluation. Ainsi, le ratio cours/bénéfice se situe autour de 12 alors que celui du S&P500 dépasse 20.

Rendement des obligations américaines

Les obligations gouvernementales n’ont guère aidé cette année à amortir les phases de corrections boursières car elles ont été généralement vendues en tandem avec les actions. Une hausse graduelle des taux à long terme est attendue, avec une poussée d’inflation sans doute transitoire mais qui resterait au-dessus des niveaux observés ces dernières années et compte-tenu de l’endettement record des Etats et des plans d’investissement massifs. L’évolution du rendement des obligations du Trésor américain à dix ans a notamment fait la pluie et le beau temps sur les marchés cet été. La perspective d’un «tapering» imminent de la part de la Fed, réduisant ses achats d’actifs mensuels d’obligations et de créances hypothécaires, a engendré des tensions. L’offre devenant alors plus abondante pour les autres acheteurs. Mais qu’en est-il du point de vue purement technique? Depuis la semaine dernière le taux à dix s semble avoir le vent en poupe et graphiquement, l’indicateur MACD (différences de deux moyennes mobiles exponentielles de périodes différentes) semblerait prédire la poursuite du rebond. Pour que la situation devienne préoccupante pour les marchés actions, il faudrait franchir les 1,70% ce qui casserait la longue tendance négative. La moyenne mobile à 200 jours se situe à 1,86%, nous pouvons donc prendre ce niveau comme objectif à court terme. A contrario, en cas de retour sous 1,45%, l’objectif devient alors 1,30%, soit la ligne de support.

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Françoise Mensi