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Peut-on certifier un «green bond» rattaché à un aéroport?

Les projets environnementaux de l'aéroport de Hong Kong font débat. Pour les investisseurs, tant qu’une obligation verte coche les cases, cela est suffisant.

Keystone

Est-ce qu’acheter une obligation verte dédouane l’investisseur de toute analyse de l’émetteur? La réponse diffère selon les points de vue et reste avant tout une question de valeurs personnelles. L’aéroport de Hong Kong (HKA) nous a offert une illustration de cette question ambitieuse. HKA est en pleine expansion avec un projet de troisième voie qui lui permettra d’accroître son trafic «passagers» de 75 à 120 millions de personnes par année. Un programme ambitieux de 17 milliards de dollars nécessitant financements. Dans ce contexte, l’aéroport a émis 4 milliards de dollars au début de l’année, parmi lesquels une tranche verte de 1 milliard de dollars dédiée à des projets environnementaux. Etonnant. 

Compatible avec un angle ESG?

La seconde opinion émise par l’agence Sustainalytics relève l’impact carbone élevé et la nécessité de la décarbonatation de l’activité; cela étant les projets verts de HKA sont «crédibles et impactants». Le cadre «vert» de l’entreprise est donc suffisant pour valider cette obligation mais, en filigrane, l’agence évoque aussi la nécessité d’accompagner des secteurs en transition. Une vue loin d’être partagée par des organisations comme Reclaim Finance qui ont appelé les investisseurs à boycotter cette obligation qui illustre le phénomène d’éco-blanchiment. Les bénéfices des projets verts seront en effet bien plus qu’annulés par l’impact négatif de la construction de la troisième voie. Au-delà de l’impact carbone, l’impact sur la biodiversité est également concerné. La construction de la troisième voie, même si elle n’est pas financée par l’obligation verte, détruit l’habitat naturel d’espèces animales hautement menacées. 

Les projets d’expansion de l’aéroport sont donc incompatibles avec un angle ESG. Et qu’en disent les investisseurs? Ils sont loin d’avoir boudé l’emprunt, les carnets d’ordres dépassant les 11 milliards de dollars dont 3 pour la tranche verte. L’émetteur a pu resserrer les conditions d’emprunt de toutes les tranches, mention spéciale à l’obligation verte dont la prime a été la plus abaissée: de +80 à +42,5 points de base. 

Une demande excédentaire

Au-delà de l’ampleur du resserrement, l’obligation a été émise 5 points de base sous sa «juste» valeur. Ces 5 points de base de «greenium» n’ont cependant pas empêché la prime de continuer à se resserrer dans le marché secondaire. Les investisseurs ont choisi: tant qu’une obligation verte coche les cases, cela est suffisant.

Cette illustration nous rappelle également que la demande pour les emprunts responsables reste largement excédentaire et ne parvient toujours pas à être comblée par un marché en croissance exponentielle. Placer à si bon compte de la dette d’un secteur frappé de plein fouet par une pandémie depuis plus de deux ans est également un tour de force. Le trafic passager de HKA est passé de 71 millions de personnes en 2019 à 8,8 en 2020 et à... 1,2 million en 2021! Au-delà des jugements de valeurs, car chacun détermine le curseur de la verdeur de ses investissements, HKA nous a rappelé que ventre affamé, qu’il soit vert ou non, n’a pas d’oreilles.

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Catherine Reichlin

Banque Mirabaud Responsable de la recherche financière