L’ESG ne profite pas à l’obligataire souverain comme aux actions

Les emprunts d’État intégrants les critères durables sont moins performantes pour les investisseurs mais plus économiques pour leurs émetteurs, selon l’EDHEC-Risk Institute.

Les actions affichant les meilleurs scores environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) enregistrent les meilleurs rendements sur le long terme par rapport aux actions non-durables. Ce qui n’est pas le cas des obligations souveraines. Dans une étude parue la semaine dernière, l’EDHEC-Risk Institute observe en effet que l’incorporation de critères ESG implique un coût d’opportunité par rapport à ce qui serait obtenu à partir d’un placement traditionnel optimal non-durable. Ce coût d’oppor...

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Les actions affichant les meilleurs scores environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) enregistrent les meilleurs rendements sur le long terme par rapport aux actions non-durables. Ce qui n’est pas le cas des obligations souveraines. Dans une étude parue la semaine dernière, l’EDHEC-Risk Institute observe en effet que l’incorporation de critères ESG implique un coût d’opportunité par rapport à ce qui serait obtenu à partir d’un placement traditionnel optimal non-durable. Ce coût d’opportunité peut être négatif ou positif, selon les qualités spécifiques des émetteurs, les régions et la thématique particulière de durabilité (E, S ou G).

Par exemple, l’EDHEC observe que plus les scores environnementaux (E) des émetteurs souverains des pays développés sont élevés, plus le coût d’emprunt pour ces derniers est faible. Et, toutes choses égales par ailleurs, plus le rendement obtenu par l’investisseur est faible. La même relation s’observe dans le cas d’obligations souveraines des pays émergents, lorsque les scores sociaux (S) sont élevés. «Dans le cas des pays développés et en tenant compte des scores économiques et autres facteurs fixes, nous constatons que la dimension environnementale a un impact à la fois significatif et négatif sur les écarts de rendement», écrit Lionel Martellini, co-auteur de l’étude et directeur de l’EDHEC-Risk Institute.

Il précise que les scores environnementaux élevés sont associés à de plus faibles spreads pour les maturités de 1, 5 et 10 ans et que l’impact tend à être plus prononcé sur es horizons de temps de moyen terme. Sur les maturités de 3 ans, le facteur de gouvernance (G) produit également des rendements plus faibles et des coûts d’emprunts également réduits. Dans les pays émergents également, les investisseurs devront s’attendre à des rendements en moyenne moins élevés à partir d’obligations d’État les mieux notées sous l’angle social, en particulier les titres de maturités de 5 et 10 ans, avec un impact relativement plus prononcé sur le court terme.

Lionel Martellini. Dans certains cas, le co-auteur de l’étude constate que «la dimension environnementale a un impact à la fois significatif et négatif sur les écarts de rendement».

Ces écarts de rendement peuvent être mitigés en fonction de la méthodologie de construction des portefeuilles d’emprunts souverains et de mise en œuvre des stratégies. Pour le vérifier, l’EDHEC a procédé au tri des obligations souveraines par région, sur la base de quatre critères: économique, environnemental, social et de gouvernance. Pour chacune de ces dimensions, quatre quartiles sont créés, le premier étant composé des 25% des obligations les moins bien notées sous l’angle des critères précités, le dernier étant composé des 25% meilleures obligations.

Il ressort qu’un portefeuille équipondéré (même poids pour chaque titre) de maturité moyenne de 5 ans procédant à un filtrage négatif («negative screening») consistant à éliminer le premier quartile minimise les écarts de rendement par rapport à un portefeuille similaire ne prenant pas en compte les critères ESG. Il produit aussi un portefeuille plus diversifié pour une volatilité marginalement supérieure.

Tandis que le filtrage positif, consistant à ne retenir que les titres du premier quartile, est beaucoup plus pénalisant pour l’investisseur, notamment en raison du fait que les scores ESG de chaque emprunt sont plus élevés qu’ils ne le sont dans le cas d’un filtrage négatif. Autre façon de réduire ces différences de performances ajustées du risque: adopter une stratégie ESG momentum. Autrement dit, surpondérer les emprunts souverains dont les émetteurs affichent les meilleures améliorations de scores au cours des 12 derniers mois et sous-pondérer ceux enregistrant les plus fortes dégradations de rating ESG.

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Levi Mutemba

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