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Plus d’une décennie après sa crise de la dette, la Grèce revient en force

Après des années bien sombres, la prime de risque a brièvement chuté la semaine dernière en-dessous de 1% pour la première fois depuis 2008.

La crise de la dette publique grecque date de plus de dix ans. En mars 2012, la prime de risque de l’emprunt souverain à 10 ans avait bondi à plus de 35% au-dessus du rendement du Bund. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et la Grèce a opéré un véritable retour en force. La semaine dernière, la prime de risque a brièvement chuté en-dessous de 1% pour la première fois depuis 2008. Du 13 mai au 7 juin, le rendement grec à 10 ans s’est traité à un niveau inférieur à celui de son homologue itali...

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La crise de la dette publique grecque date de plus de dix ans. En mars 2012, la prime de risque de l’emprunt souverain à 10 ans avait bondi à plus de 35% au-dessus du rendement du Bund. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et la Grèce a opéré un véritable retour en force. La semaine dernière, la prime de risque a brièvement chuté en-dessous de 1% pour la première fois depuis 2008. Du 13 mai au 7 juin, le rendement grec à 10 ans s’est traité à un niveau inférieur à celui de son homologue italien.

Comment expliquer ce succès? Par les incontournables mesures de politique monétaire dont l’impact est d’autant plus marqué que la taille du marché obligataire grec est étroite. Notée en catégorie spéculative, la dette grecque est de fait exclue des programmes d’achats de la BCE, hors, la contrainte a été levée dans le cadre du PEPP. A cela s’ajoutent des années sans nouvelles émissions par manque d’accès au marché primaire. 

Les investisseurs les plus audacieux ont acheté, et continuent à le faire, tablant sur une BCE qui ne devrait pas réduire le rythme de ses achats dans un avenir proche. Plutôt que de se concentrer sur le verre à moitié vide, à savoir des fondamentaux très fragiles, ils ont opté pour les aspects rendement et rareté. Certains voient d’ailleurs la prime de risque se rétrécir jusqu’à 70 points de base contre Bund, un niveau observé pour la dernière fois en 2008, peu de temps avant la faillite de Lehman Brothers dans une époque où le monde voyait la zone euro comme homogène.

La Grèce a recommencé à vendre des obligations aux investisseurs privés en 2017, après 7 ans d’absence sur le marché primaire. Toutefois, les créanciers officiels détiennent encore 80% des 380 milliards d’euros de la dette gouvernementale. Cette situation a servi de soutien lorsque la crainte de réduction du PEPP s’est emparée du marché puisque grâce au nombre restreint d’obligations en circulation, les emprunts grecs ont été quelque peu immunisés contre les baisses des prix. Une hausse des prix pourrait intensifier les gains pour les mêmes raisons. En effet, si Athènes n’augmente pas ses émissions de manière inattendue, il ne reste que 3 milliards d’euros à émettre pour compléter le total annuel d’emprunt, de quoi entretenir l’aspect rareté comparé à des émetteurs plus fréquents comme l’Italie ou l’Espagne.

A en croire l’optimisme du marché, la Grèce pourrait bientôt être en mesure de tourner la page de la crise de sa dette. Peu importe si la dette publique, déjà jugée insoutenable à 120% du PIB au début de la crise, est aujourd’hui supérieure à 200%. La reprise est en cours, la saison touristique approche, la Grèce recevra 32 milliards d’euros du fonds de relance de l’Union européenne, le PEPP n’expire qu’en 2022 mais peut-être d’autres programmes de soutien prendront le relais et la BCE maintiendra les taux bas. Alors pourquoi s’inquiéter, la guerre de Troie n’aura pas lieu...

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Gianni Pugliese

Mirabaud Analyste obligataire

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