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La Banque centrale du Vietnam soutient sa croissance

La lutte contre l’inflation étant désormais sous contrôle, l’attention est mise sur la croissance.

KEYSTONE
Au milieu du marasme, une banque centrale se distingue: la Banque centrale du Vietnam (BCV). Elle a décidé de baisser de 100 points de base (1%) son taux de référence le 15 mars, de 4,5% à 3,5%, alors qu’elle bénéficiait déjà de taux extrêmement bas en comparaison d’autres pays émergents, voire développés.

Alors que certaines banques centrales sont en pleine réflexion, d’autres ont décidé de passer à l’action. La plupart des banques centrales arrivent à un tournant et doivent déterminer s'il faut favoriser la lutte contre l’inflation ou s'il est temps de se préoccuper de l’activité économique. Aux Etats-Unis, la débâcle de la Silicon Valley Bank a compliqué le débat et la volatilité des attentes fait rage: hausse de taux selon la moyenne des économistes, début de cycle de baisse imminent selon les marchés financiers.

Au milieu du marasme, une banque centrale se distingue: la Banque centrale du Vietnam (BCV). Elle a décidé de baisser de 100 points de base (1%) son taux de référence le 15 mars, de 4,5% à 3,5%, alors qu’elle bénéficiait déjà de taux extrêmement bas en comparaison d’autres pays émergents, voire développés. Elle avait été l’une des dernières à relever son taux de référence avec deux hausses consécutives de 100 points de base en septembre et en octobre dernier.

Le retournement est donc rapide et reflète le changement de préoccupation de la banque centrale: la lutte contre l’inflation est désormais sous contrôle, l’attention doit être mise sur la croissance. Et même si l’inflation n’a reculé qu’une fois en février après six mois de hausse continue, la BCV considère qu’elle est «sous contrôle». C’est donc la baisse de la demande interne et internationale qui l’a emporté. La «faiblesse de la demande mondiale» impacte directement les exportations du Vietnam mais pas uniquement. La production industrielle marque aussi le pas et lorsque l’on sait que le pays fait partie des favoris des entreprises chinoises et américaines qui délocalisent, l’enjeu est de taille.

Dans ce contexte, les entreprises demandent moins de crédit et l’objectif de la BCV est clair: il s’agit de réduire les coûts de financement pour les banques locales afin qu’elles puissent le répercuter et rendre leurs prêts plus attractifs. La liquidité devrait également soulager le marché dont certains secteurs, comme l’immobilier, sont en situation de «credit crunch». La réouverture de la Chine constitue le seul rayon de soleil, car le tourisme est une source de revenu importante pour le pays. Cela ne sera pas suffisant dans l’immédiat et revenir aux niveaux de 2019 prendra du temps. Le rendement du 10 ans vietnamien est revenu de 20 points de base à 4,20% depuis la décision, celui du 2 ans est resté stable à 4%; il se situait toutefois à 5% au début de l’année.

Le Vietnam fait partie depuis plusieurs années des économies mondiales à forte croissance : l’année dernière elle a progressé de 8% et devrait réussir à atteindre 6% cette année selon la Banque mondiale. La Banque centrale du Vietnam prend l’objectif au sérieux et met tous les atouts de son côté. Elle a clairement choisi ses priorités, quitte à prendre de l’avance sur sa courbe de taux («ahead of the curve»).

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Catherine Reichlin

Banque Mirabaud Responsable de la recherche financière