Ce qui freine l’adoption généralisée des cryptomonnaies

Des capacités d’échange entre les blockchains, à la base des devises électroniques, faciliteront leur utilisation par un plus grand public. Pour Bitcoin Suisse, la normalisation est déjà en cours.

Keystone
L’interopérabilité entre les blockchains est un défi pour le futur, surtout en vue de leur adoption au-delà du cercle restreint des «early adopters» et des fans de technologies.

Le message a été martelé lors de la conférence en ligne Crypto Outlook 2021, organisé par Bitcoin Suisse ce vendredi. «Jusqu’à aujourd’hui, la situation sur le marché des crypto était plutôt babylonienne», a affirmé Arthur Vayloyan. Chaque acteur défendant bec et ongles la supériorité de sa technologie mais «le temps est venu où nous devons comprendre comment elles peuvent désormais échanger entre-elles», a dit le CEO du fournisseur zougois de services crypto-financiers.

L’invité phare du rendez-vous était un pionnier de la blockchain, Gavin Wood. L’ancien dirigeant d’Ethereum a présenté son projet Polkadot, né à l’automne 2017 ­­– année au cours de laquelle il a levé 140 millions de dollars – et opérationnel depuis 2020. Polkadot se construit comme une union de réseaux qui fournit un environnement sécurisé et permet la communication entre les différentes blockchains, «ainsi qu’avec celles à venir dans le futur», a souligné le programmeur britannique.

L’interopérabilité est une caractéristique puissante car elle autorise à agir sur l’historique des transactions
Fatemeh Shirazi

«L’interopérabilité entre deux blockchains est effective lorsque l’une est capable d’agir sur l’autre. C’est pourquoi cette caractéristique est si puissante, car elle autorise à agir sur l’historique des transactions», a défini Fatemeh Shirazi, cheffe de l’équipe de recherche de la fondation Web3, dédiée aux protocoles internet décentralisés. Elle voit ce paramètre comme crucial pour une adoption plus massive des cryptomonnaies et pour davantage de sécurité.

Les cryptomonnaies se banalisent

Les orateurs qui se sont succédé à la tribune en ligne se sont accordés sur le fait que le bitcoin entrait dans les habitudes d’investissement du plus grand nombre. «Son intégration massive par des organisations institutionnelles aux noms réputés cette année a été surprenante (...), prouvant que le bitcoin doit être pris au sérieux», a indiqué Arthur Vayloyan, qui s’est aussi réjoui de voir qu’en trois ans, Bitcoin Suisse était passé d’une vingtaine de collaborateurs à 200. Le CEO n’est pas resté suffisamment disponible pour qu’il soit possible de l’interroger sur l’éventuelle prochaine entrée en Bourse de sa société via une STO (Security Token Offering).

Selon Raffael Huber, directeur de la recherche chez Bitcoin Suisse, l’intérêt pour les crypto-devises se normalise «car elles performent bien, ce qui draine de plus en plus d’attention». Ce docteur de l’Ecole polytechnique de Zurich (EPFZ) a aussi mis en lumière le côté rassurant des normes règlementaires qui émergent, comme la loi DLT en Suisse ou les Stablecoin regulations aux Etats-Unis. «Et bientôt, Standard & Poor's lancera son propre indice», a-t-il rappelé.

«La crise du Covid-19 a jeté de l’huile sur le feu», a ajouté Giles Keating, membre du conseil d’administration de Bitcoin Suisse. En conséquence, les investisseurs laissés dans le flou ont cherché des «gains stables» qui ne soient pas soumis à «l’inflation», aux «taux d’intérêt négatifs» ou aux «conséquences de la dette grimpante des gouvernements», selon l’ancien banquier qui a passé 30 ans chez Credit Suisse. Cela reste à prouver vu la volatilité encore grande de ces devises. La valeur du bitcoin a, par exemple, triplé en un an. Le cours a dépassé les 40.000 dollars mi-janvier, avant de se stabiliser autour des 32.000 dollars ces derniers jours… Pour de reprendre 20%, ce vendredi, sur un simple message d’Elon Musk qui a mentionné «#bitcoin» dans sa bio Twitter.

Une capture d'écran de la nouvelle bio Twitter d'Elon Musk. Le fondateur de SpaceX et Tesla a fait bondir le cours du crypto-actif, qui grimpé de 5000 dollars en une heure.

Les devises numériques appâtent car elles diversifient les placements mais aussi parce que «leur corrélation avec les marchés [classiques] reste basse. Mais je suis certain qu’elle augmentera à l’avenir», explique Raffael Huber. Plus il y aura d’investisseurs à rejoindre les convaincus de la première heure, plus les cryptomonnaies et les actifs traditionnels évolueront ensemble, anticipe-t-il.

Commentaires

Sophie Marenne

Les articles suivants pourraient aussi vous intéresser