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Bientôt l’heure de vérité pour le crédit

Les investisseurs doivent se tourner vers du spéculatif pour compenser les rendements anémiques.

«Qui ne risque rien n’a rien». C’est probablement ce que se disent les compagnies d’assurances, les fonds de pension et les gérants obligataires qui n’ont d’autre choix que celui de se tourner vers des emprunts spéculatifs (HY) pour compenser les rendements anémiques des dettes de qualité (IG). 

Les premiers titres visés sont ceux inclus dans la fourchette BB, le segment le plus sûr de la catégorie qui compose respectivement 55% et 69% des indices HY américains et européens. Cette demande en provenance d’acteurs traditionnellement conservateurs a naturellement des conséquences. Sur le marché primaire, par exemple, les souscriptions sont telles que les gérants HY ont vu leurs allocations régulièrement réduites ces derniers mois. Quant au marché secondaire, la baisse des rendements des emprunts BB pousse ces mêmes gérants à augmenter leur exposition au risque. 

Une catégorie dont le risque est jugé considérable

Pour retrouver des rendements entre 5% et 7%, le typique investisseur HY doit alors explorer les opportunités au sein de la poche notée CCC, une catégorie dont le risque est jugé considérable. Mais qu’importe, puisque les emprunts CCC sont les grands bénéficiaires de la classe obligataire depuis le début de l’année ! Grâce à la combinaison des campagnes de vaccination et à la réouverture attendue des grandes économies, le segment CCC de l’indice HY américain a vu son rendement baisser jusqu’à un plus bas historique de 5,9% cette semaine. 

Sa prime de risque a en outre chuté en dessous de 500 points de base, un niveau observé seulement deux fois au cours des deux dernières décennies. En Europe, ce mois-ci toujours, les rendements CCC ont touché 5,4%, un plus bas niveau depuis décembre 2017. Certains acteurs du marché en concluent que le rallye est allé trop loin et que les valorisations courantes sont difficilement justifiables. Ils considèrent désormais ne plus être suffisamment rémunérés pour les risques encourus. 

Moins sensibles à la hausse des taux d’intérêt

Pourtant, qui veut du rendement conserve son exposition au risque, voire même l’augmente, argumentant que, dans un contexte de reprise économique, les obligations d’entreprises HY sont moins sensibles à la hausse des taux d’intérêt que le sont leurs homologues IG. En outre, les banques centrales continuent leurs politiques monétaires accommodantes. Les plus prudents rétorquent qu’une hausse des rendements souverains, en cas de forte pression inflationniste, pourrait pousser les banques centrales à changer de cap. Ils ajoutent qu’en cas de hausse des coûts de refinancement et/ou de crainte sur la reprise économique, les retombées pourraient s’avérer significatives pour le HY et potentiellement lourdes pour les émetteurs CCC. Car un certain nombre de ces derniers doit d’abord sa survie et ses performances ensuite aux conditions extraordinaires créées par le soutien des banques centrales. 

C’est pourquoi les réunions de la BCE et de la Fed en juin prochain seront cruciales. Un signal annonçant un tournant de leurs politiques ultra-accommodantes pourrait constituer un premier moment de vérité pour le crédit en général et pour son expression la plus risquée, le HY.

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Gianni Pugliese

Mirabaud Analyste obligataire