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Après la tech et l’immobilier, la Chine s’attaque au secteur de l’éducation

A la suite des interventions musclées de l’Etat, la panique des investisseurs a fait plonger les indices chinois de près de 10% sur la semaine.

La semaine passée a été dominée par les interventions du gouvernement chinois à l’encontre du secteur de l’enseignement privé, qui survient après la succession de mesures de resserrement réglementaire ayant touché successivement les secteurs de la technologie, de l’immobilier et des livraisons. La panique des investisseurs, suite à ces interventions musclées, a fait plonger les indices chinois de près de 10% sur la semaine aussi bien en Chine continentale que sur la place de Hong Kong. Les craintes étaient évidemment expliquées par l’angoisse du «Who’s next?». La performance du marché chinois s’inscrit à -10% sur l’année et affiche un repli de 30% depuis le plus haut atteint à la mi-février.

Pékin surveillait depuis plusieurs mois le marché juteux de l’appui scolaire et des excès qui y étaient pratiqués. Le secteur jouait sur la corde sensible des parents, anxieux de ne pas offrir le maximum de chances à leur enfant dans leur formation scolaire (appui et cours privé complémentaire) dans l’optique de leur entrée sur un marché du travail chinois hyperconcurrentiel. 

Le développement de l’économie chinoise ne peut pas se faire lorsqu’il vient contrecarrer les objectifs gouvernementaux.

Les campagnes de publicité des sociétés actives dans le segment devenaient agressives et culpabilisantes pour les parents, les incitant à des dépenses de plus en plus importantes pour assurer le succès scolaire à leur enfant. Ces sociétés, s’enrichissant de manière abusive, engendraient des inégalités sociales mal perçues mais surtout venaient contrecarrer les efforts de reprise démographique du pays. En effet, après des décennies de politique de l’enfant unique, la Chine est désormais confrontée à un besoin de relance démographique pour palier le vieillissement de la population. Le gouvernement tente donc d’inciter les parents à avoir plus d’un enfant car une trop faible natalité est un élément pouvant compromettre l’objectif de croissance économique.

Le fait que les parents soient incités à trop dépenser pour l’éducation de leur enfant ne les encourage pas à en vouloir plus d’un. Le secteur de l’éducation privée pesait près de 260 milliards de dollars en 2018 déjà. Les mesures annoncées la semaine passée par le gouvernement sont à la mesure des enjeux: interdiction aux sociétés de faire des bénéfices; interdiction de lever des capitaux et interdiction d’entrer en Bourse. Il s’agit donc véritablement de la fin d’un modèle d’affaires. Force est de constater que le développement de l’économie chinoise ne peut pas se faire lorsqu’il vient contrecarrer les objectifs gouvernementaux à long terme... la tempête semble toutefois être passée.

Aux Etats-Unis, nous retiendrons les chiffres de l’inflation qui ressortent plus forts qu’attendu à 6,4% annualisé au 2e trimestre. Le ton, aussi bien de la Fed que du FMI, a légèrement changé et les deux acteurs s’accordent désormais sur le fait que l’inflation pourrait être un peu plus marquée et un peu plus durable qu’anticipé préalablement. Le marché obligataire ne s’en inquiète apparemment pas et les taux américains à 10 ans sont passés sous les 1,25% en recul de 0,50% depuis fin mars.

Commentaires

Pierre-François Donzé

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