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A contre-courant, la BCE devra convaincre les marchés

Un vrai défi de communication en solitaire attend la Banque centrale alors que plusieurs de ses homologues prennent une direction opposée.

Les gouvernements et les banques centrales du monde entier ont pris des mesures fiscales et monétaires sans précédent pour lutter contre l’impact économique du coronavirus. La BCE fait partie de celles qui veulent maintenir l’effort, alors qu’un nombre croissant de ses homologues envisagent de le réduire. Cette divergence de trajectoire souligne un certain isolement. Il crée aussi le défi de comment continuer à soutenir la reprise si un changement de cap des autres banques centrales, et de la Fed en particulier, se répercutait sur les coûts d’emprunt européens, avant que l’économie ne soit prête à y faire face.

Eviter les amalgames

La BCE a été confrontée à ce scénario en mars, lorsqu’elle a augmenté ses achats mensuels d’obligations dans le cadre du PEPP, afin de limiter l’impact de la hausse des rendements américains sur ses propres rendements. Pour remporter ce défi, la BCE devra éviter tout amalgame avec la Fed, autant en matière de fin d’assouplissement quantitatif que de hausse des taux. Il va lui falloir convaincre les marchés que la conjoncture de ce côté-ci de l’Atlantique est encore loin derrière celle observée aux Etats-Unis. Le travail de communication a déjà commencé: souligner les différences des phases de reprise et des risques d’inflation qui existent entre les deux régions.

Mme Lagarde a récemment œuvré en ce sens au Parlement européen, en insistant sur «la situation clairement différente» des deux économies. En outre, joignant l’acte à la parole, les achats d’obligations se sont accélérés la semaine dernière, au rythme le plus rapide depuis le pic de la crise. A l’inverse, les banques centrales du Royaume-Uni, du Canada, de Norvège, de Suède, de Corée du Sud et de Nouvelle-Zélande montrent toutes des signes de repli éventuel. Le Mexique, la Hongrie et la République tchèque ont relevé leurs taux d’intérêt la semaine dernière, tout comme le Brésil, la Turquie et la Russie l’ont fait plus tôt. 

Quant à la Fed, au vu du ton un peu plus «faucon» adopté lors de sa dernière réunion, le marché n’exclut pas qu’elle profite de son symposium annuel à Jackson Hole en août pour indiquer une réduction prochaine de ses achats d’obligations.

La BCE face à un défi de communication

Si tel devait être le cas, la BCE aura fort à faire et surtout sans trop attendre pour limiter un regain de volatilité sur les marchés européens, d’autant que les élections allemandes en septembre et la course à la présidence française l’année prochaine sont susceptibles d’alimenter l’instabilité. Ajoutons à cela que la tâche pourrait se compliquer davantage si la Fed en venait à précipiter les évènements. 

En effet, si la réduction d’achats d’obligations devait avoir lieu plus tôt qu’attendu ou si l’ampleur devait surprendre à la hausse, l’impact sur les rendements européens pourrait devenir plus prononcé. Un vrai défi de communication en solitaire attend la BCE. Elle devra signaler ses intentions pour ne pas laisser de place au doute, même s’il y aura toujours quelqu’un pour se demander si elle en fait assez.

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Gianni Pugliese

Mirabaud Analyste obligataire