Article contributeur

Un nouveau souffle est nécessaire pour la politique européenne

L’approche des élections fédérales ne facilite pas un débat serein et constructif sur ce sujet émotionnel. Par Catherine Lance Pasquier

KEYSTONE
«L'élection de deux nouveaux membres du gouvernement se déroulera presque 30 ans jour pour jour après le refus de la Suisse de rejoindre l’Espace économique européen (EEE) le 6 décembre 1992, un dimanche noir pour l'économie suisse, comme l'avait qualifié le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz.»

La session d’hiver des Chambres fédérales s’annonce chargée. Outre les dossiers clé qui seront débattus, les parlementaires auront la responsabilité de procéder à un renouvellement partiel du Conseil fédéral. Cette élection de deux nouveaux membres du gouvernement se déroulera presque 30 ans jour pour jour après le refus de la Suisse de rejoindre l’Espace économique européen (EEE) le 6 décembre 1992. Tous ceux qui ont vécu cette journée se souviennent du Conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz, solennel, déclarant en conférence de presse qu’il s’agissait d’un dimanche noir pour l’économie suisse, pour les partisans de l’ouverture et pour la jeunesse privée d’un projet.

Effectivement, la Suisse a eu besoin de plusieurs années pour réinventer ses relations avec l’Europe. La voie bilatérale finalement choisie a été plébiscitée à plusieurs reprises par la population. L’édifice des accords bilatéraux, patiemment construit, a permis de répondre à satisfaction aux intérêts économiques de la Suisse, en garantissant notamment un accès facilité au marché intérieur européen. La coopération entre notre pays et son partenaire principal a également été renforcée dans de nombreux domaines.

Mais aujourd’hui, trente ans après le refus de rejoindre l’EEE, la Suisse a besoin d’un nouveau souffle en matière de politique européenne. Elle est confrontée aux conséquences de la décision du Conseil fédéral de ne pas signer l’accord institutionnel. Celles-ci sont déjà lourdes: absence de mise à jour des accords existants, exclusion du programme de recherche Horizon Europe, le plus grand programme d’innovation au monde, refus de nouveaux accords et au final une érosion lente mais programmée de la voie bilatérale.

L’immobilisme actuel n’est en effet pas une option durable
Catherine Lance Pasquier

Pour relancer cette voie qui lui a si bien réussi et à laquelle elle tient tant, la Suisse doit accepter de réinventer une nouvelle fois ses relations avec l’Union européenne. L’immobilisme actuel n’est en effet pas une option durable.

Pourtant, face aux crises qui se succèdent, les questions de politique européenne passent souvent au deuxième plan. L’approche des élections fédérales ne facilite pas un débat serein et constructif sur ce sujet émotionnel, dans lequel les considérations de politique intérieure prennent toujours plus de place. Il y a pourtant urgence à trouver une solution, au vu de l’interdépendance entre la Suisse et ses voisins, et de la communauté de valeurs et de destin qui les lie.

Il faut espérer que le renouvellement du Conseil fédéral donnera ce nouveau souffle indispensable pour affronter la situation, et pour écrire une nouvelle page des relations entre la Suisse et l’Europe.

Commentaires

Catherine Lance Pasquier

FER Genève Directrice adjointe de politique générale

Les articles suivants pourraient aussi vous intéresser