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Sommes-nous outillés pour une pénurie énergétique?

La Suisse est confrontée en direct à sa dépendance au fossile – tout de même les deux tiers du mix énergétique! Par René Longet

Keystone
"La valorisation de nos ressources indigènes - le solaire thermique et photovoltaïque, le biogaz, la géothermie, la force hydraulique, le bois, la chaleur de l’environnement, le vent - commence à être ressentie comme une vraie nécessité."

Lorsque Guy Parmelin alertait sur les risques de pénurie d’électricité, il saisissait visiblement le momentum politique de la classification par l’UE du nucléaire et du gaz comme énergies de transition, et présentées comme parades à une pénurie. Six mois plus tard, la brutale agression de l’Ukraine remet le sujet au premier plan. Mais cette fois, le gaz figure parmi les énergies à éviter...

Et voici le pays confronté en direct à sa dépendance du fossile – tout de même les deux tiers de notre mix énergétique! Le facteur géopolitique vient ainsi ajouter sa dynamique à une urgence climatique jusque-là encore assez mollement ressentie, malgré tous les dérèglements constatés dans le monde et en Suisse.

Dès lors, la valorisation de nos ressources indigènes – le solaire thermique et photovoltaïque, le biogaz, la géothermie, la force hydraulique, le bois, la chaleur de l’environnement, le vent – commence à être ressentie comme une vraie nécessité. Et comme les énergies renouvelables ne suffiront pas à répondre à la demande, un important effort d’économie d’énergies, supposant un examen des consommations à tous les niveaux, s’impose. D’autant plus que l’électricité va devoir monter en puissance pour alimenter la mobilité électrique et les pompes à chaleur...

Il n’est pas exclu que nous devions nous préparer à nous passer du fossile bien plus rapidement que prévu
René Longet

Mais même si sur ces sujets tous les signaux politiques et juridiques étaient maintenant au vert, ce qui est encore loin d’être le cas, restent des contraintes techniques et pratiques. Il s’agit en effet de forcer le rythme d’investissement, de développer la formation des professionnels longtemps négligée sur ces sujets, de faciliter le stockage de l’électricité, de trouver un équilibre entre autoproduction et capacité d’absorption du réseau... Et d’éviter, notamment par le recours à l’économie circulaire, de tomber pour les équipements et matériaux nécessaires à la transition dans de nouvelles dépendances.

Tout cela ne se fera pas du jour au lendemain et il n’est donc pas exclu que nous devions nous préparer à nous passer du fossile bien plus rapidement que prévu. Il nous faudra alors aborder de front les sujets qui fâchent, comme la réduction des besoins de se déplacer (par exemple en remettant la focale sur le télétravail), le niveau acceptable du chauffage des bâtiments, sachant que chaque variation d’un degré Celsius représente 7% de consommation ou encore l’acceptabilité des véhicules surmotorisés.

Si cela ne suffit pas à atteindre l’objectif, nous serons sans doute amenés à devoir définir des quotas par consommateurs, privés, publics, entreprises, sachant que seule leur attribution équitable et transparente permettra de le faire dans la confiance et la sérénité. Il est indispensable que le gouvernement fédéral planche ici sur des scénarios inspirant confiance car clairs, cohérents et justes

Quant au nucléaire, même ses partisans les plus acharnés admettent qu’il faut une voire deux décennies avant la mise en service d’une centrale nucléaire, pour peu qu’on ait trouvé un site qui accepte de la recevoir.

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René Longet

Expert en développement durable