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Eolien: halte aux réflexes d’enfants gâtés

Les études se multiplient pour souligner le potentiel considérable des énergies renouvelables disponibles et mobilisables localement. Par René Longet

Keystone
«On entend souvent que les éoliennes seraient à l’origine d’un massacre de l’avifaune. Mais les chiffres sont sans appel: 5 à 20 oiseaux tués par éolienne et par an. Ce qui signifie pour la Suisse 800 oiseaux, alors que les collisions sur les routes en tuent un million et nos amis les chats... 30 millions.»

Nous connaissions les risques présentés par un mix énergétique formé de 50% de pétrole, 16% de gaz et 9% d’uranium, sources non renouvelables, polluantes et provenant généralement de régimes peu recommandables. Mais l’agression contre l’Ukraine ajoute une nouvelle dimension à la nécessité de se débarrasser de nos dépendances.

Les études se multiplient pour souligner le potentiel considérable des énergies renouvelables disponibles et mobilisables localement.

Qu’il s’agisse du biogaz, de la géothermie et de la chaleur de l’environnement, du bois-énergie, de l’éolien ou du solaire, et même pour l’hydraulique, nous sommes loin d’avoir atteint les limites du disponible.

Concernant l’éolien, en raison d’oppositions multiples, sur 700 turbines prévues, seules 43 ont pu être installées! Et au lieu de produire les 7% de notre électricité indiquées dans la stratégie énergétique votée en 2017, l’éolien en fournit... 0,2%, un des plus bas taux du continent: au Danemark c’est presque la moitié, en Autriche 15% (la moyenne européenne), en Espagne 21%, en Grande-Bretagne 22% et en France 7%.

Des fake news continuent de polluer les esprits
René Longet

En effet, des fake news continuent de polluer les esprits. Comme celle d’un bilan carbone qui serait mauvais. Or, les chiffres de l’Ofen donnent une valeur de 15-20 g de CO2 par kWh pour l’éolien, plus bas que le photovoltaïque et un peu plus élevé que l’hydraulique.

Ou concernant la consommation de matériaux. Aujourd’hui, 90% de la masse d’une éolienne est recyclable, et l’UE va exiger pour 2025 l’interdiction de la mise en décharge des pales, déjà proscrite dans plusieurs pays, en particulier l’Allemagne.

Quant aux terres rares, par ailleurs fort présentes dans des objets de notre vie quotidienne comme les voitures, les téléphones portables, etc., elles sont utilisées essentiellement dans les parcs off-shore; il faudra apprendre à les recycler, comme on le fait déjà avec le socle en béton et le mât en acier.

Enfin, on entend souvent que les éoliennes seraient à l’origine d’un massacre de l’avifaune. Mais les chiffres sont sans appel: 5 à 20 oiseaux tués par éolienne et par an. Ce qui signifie pour la Suisse 800 oiseaux, alors que les collisions sur les routes en tuent un million, les heurts avec les façades vitrées 5 millions et nos amis les chats... 30 millions, soit 37.000 fois plus que les éoliennes!

Alors que d’aucuns souhaitent relancer le nucléaire, dans un pays où déjà un tiers de l’électricité est d’origine nucléaire (moyenne européenne: 25%), ce qui nécessiterait au moins dix ans de planification et de construction (pour peu qu’on trouve un site adéquat), ne faudrait-il pas cesser de diaboliser une source d’énergie laissée aussi largement en friche? Cessons nos réflexes d’enfants gâtés au nom d’un patrimoine figé ou du fameux Nimby (not in my backyard – pas chez moi!). Car les renouvelables sont infiniment moins impactantes que les non renouvelables. Et la sobriété énergétique devra éviter qu’elles disparaissent dans le tonneau sans fond de nos gaspillages!

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René Longet

Expert en développement durable