Article contributeur

Rumeurs post-Covid, les trois leçons à en tirer

Les antivax ont leurs théories, les complotistes aussi et les médecins cherchent des explications scientifiques. Par Xavier Comtesse

Keystone
"Le monde est un village car les rumeurs le parcourent quasi-instantanément."

Depuis quelques jours, une épidémie d’hépatite touche des centaines d’enfants dans 14 pays différents. Aussitôt la rumeur enfle concernant son origine: le Covid, les vaccins ou le confinement?

Les antivax ont leurs théories, les complotistes aussi et les médecins cherchent des explications scientifiques. Ce qui est frappant, c’est l’ampleur de la rumeur. Des parents dans le monde entier consultent déjà leur médecin de famille. Le numérique amplifie encore l’écho. Dans notre société post-Covid les enfants restent sacrés!

La première leçon à tirer de cette situation est qu’à l’ère numérique les réseaux sociaux sont des canaux extrêmement efficaces à la propagation des rumeurs. A vrai dire ce n’est pas tant le canal lui-même mais les groupes formels (antivax, complotistes) ou informels (commun des mortels) qui en les utilisant font la différence. Ils répètent tout en le déformant un peu comme dans le jeu du téléphone arabe basé sur le «bouche à oreille».

Les complotistes, par exemple, sont passés maîtres dans le récit ténébreux des signaux faibles pour faire avancer leur thèse générale contre la raison. Mais ne l’oublions pas: ce n’est pas tant Internet qui est responsable que les gens qui l’utilisent. Elon Musk devra s’en souvenir dans sa tentation de libéraliser totalement Twitter!

Une vie trop aseptisée n’est pas saine
Xavier Comtesse

La seconde leçon est que le confinement – en ayant éloigné les gens (et aussi les enfants) les uns des autres – a affaibli les mécanismes biologiques naturels de résistance. Bactéries, microbes, etc. sont utiles aussi au bon fonctionnement du vivant. Les humains doivent affronter régulièrement les virus et autres germes pour renforcer leur système de défense immunitaire et rester ainsi en bonne santé. Une vie trop aseptisée n’est pas saine.

La troisième leçon: le monde est un village car les rumeurs le parcourent quasi-instantanément. On l’avait constaté pour les Bourses ou le numérique mais c’est encore plus vrai pour la santé. Les maladies voyagent plus vite et plus loin que jamais. Penser une politique nationale de la santé semble, de nos jours, totalement illusoire. La Chine, avec sa politique du «zéro Covid», l’expérimente actuellement. Cela s’avère être désastreux. Le variant Omicron s’infiltre partout. La Chine doit se rendre à l’évidence: il n’y a qu’un village sur terre… et les Chinois en font partie. 

Cette idée d’une Terre étroitement connectée (qui nous nourrit mais aussi nous contraint) devrait nous amener à penser le monde au-delà de ces nombreux ces récits biaisés… plus délirants les uns que les autres qui polluent notre environnement intellectuel. La rumeur n’est en général pas constructive mais plutôt destructrice du «vivre ensemble».

Une résilience anti-rumeur devrait voir le jour contre le nouvel obscurantisme. Ce concept de «résilience» basé sur une renaissance de la raison, devrait pouvoir nous sortir de ces «nouveaux» ténèbres de l’ignorance et des récits mensongers.

L’histoire semble devoir se répéter. L’humanité n’apprend rien!

Commentaires

Xavier Comtesse

Mathématicien et membre du Think Tank CODE_IA