Article contributeur

Quel pouvoir d’achat ?

Le but de la politique est-il de gaver les citoyens qui, la bouche pleine, ne pleure pas? Par Jacques Neirynck

KEYSTONE
«Le pouvoir d’achat a une définition qui est surtout psychologique: est-ce que la moyenne des citoyens estime qu’elle a de quoi vivre selon la conception de l’époque?»

C’est la grande affaire du jour, la principale préoccupation des citoyens, le défi capital du pouvoir. Pendant des décennies, ce pouvoir d’achat n’avait fait qu’augmenter, au point de devenir le seul contrat lisible entre la nation et le gouvernement: à savoir, si possible l’augmenter, mais au minimum le maintenir. Un pouvoir d’achat qui baisse signe l’échec du régime et l’invalidation d’une décision: en augmentant les taxes sur l’essence dans un vague dessein écolo, la France a déclenché l’inédite révolte des Gilets jaunes qui a réduit cette taxe à néant.

Le but de la politique est ainsi défini: un citoyen gavé ne pleure pas la bouche pleine. Toute cette posture suppose que le pouvoir politique soit capable de contrôler le pouvoir d’achat.

La première tentation est de comparer les revenus. Avec 63.011 euros par habitant en moyenne, les habitants du Lichtenstein devancent ceux de la Confédération dont le pouvoir d’achat s’établit à 42.300 euros. Le Luxembourg se retrouve distancé à 30.248 euros par habitant.

C’est une mesure grossière. Elle ne signifie pas qu’un habitant de Zurich disposerait d’un pouvoir d’achat 80 fois plus élevé que celui de Chisinau parce que leurs revenus sont dans ce rapport. Acheter des services coûte plus cher dans un pays riche. Comme les biens sont distribués en utilisant de la main-d’œuvre, tout finit par coûter plus cher. Il faut une comparaison sur la parité du pouvoir d’achat.

En 2020, un panier type de biens de consommation, dont le coût moyen dans les 27 États membres de l’UE était de 100 euros, coûtait 171 francs en Suisse, 110 euros en Allemagne, 109 euros en France, 99 euros en Italie.

Les pénuries actuelles peuvent être considérées comme les signes avant-coureurs de la rencontre d’une limite à la croissance
Jacques Neirynck

Il n’y a donc pas de définition simple du pouvoir d’achat, car chacun a ses habitudes de consommation. Un gouvernement doit simplement veiller que le pouvoir d’achat des plus défavorisés leur permette encore d’acquérir les biens de première nécessité. Au-delà de ce seuil, le pouvoir d’achat a une définition qui est surtout psychologique: est-ce que la moyenne des citoyens estime qu’elle a de quoi vivre selon la conception de l’époque?

Or les biens ne sont pas des idées mais des objets fabriqués avec des ressources en matière première et en énergie. Ceux-ci dépendent de ce que la Nature nous permet de produire, avec des épisodes disruptifs comme les épidémies et les guerres. Avec aussi l’échéance inévitable d’un épuisement ultime des ressources finies dans un monde qui se veut en croissance indéfinie. Les pénuries actuelles peuvent être considérées comme les signes avant-coureurs de la rencontre d’une limite à la croissance. Le pouvoir d’achat comme exigence politique et culturelle finira par être frustré. Les biens devront être rationnés ou bien les prix exploseront.

Dès lors, ne serait-il pas plus efficace d’adapter la mentalité du consommateur que la masse de biens à disposition? Ne serait-il pas judicieux d’évaluer les ressources limitées en minerais ou en terres agricoles et de les ménager comme un capital et non un revenu?

Le pouvoir d’achat disponible dépend de la planète: on ne peut l’augmenter sans cesse ni même le maintenir à son niveau actuel pour tous les hommes. Le pouvoir d’achat exigé dépend de notre culture: on peut le contrôler.

Commentaires

Jacques Neirynck

Ancien Conseiller national

Les articles suivants pourraient aussi vous intéresser