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Profiter de la co-innovation avec des start-up chinoises

CONNECTING TOMORROW. Il devient de plus en plus difficile de pénétrer l'écosystème dynamique de la Chine, mais des solutions existent. Par Philippe Roesle

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«Animées par un marché très compétitif et en évolution rapide, les jeunes pousses tendent à passer rapidement de la phase d’idéation à l’expérimentation.»

Une enquête menée plus tôt cette année, auprès des membres de la Chambre de commerce de l’UE en Chine, et notamment ceux travaillant dans les industries chimique, automobile et des machines, a révélé que la majorité d’entre eux veulent maintenir ou augmenter leurs investissements en recherche et développement (R&D) en Chine. Les raisons pour cette décision se trouvent dans la taille du marché, le bassin de partenaires et de talents en Chine, ainsi que dans l’expertise disponible en informatique, et la réactivité commerciale des entreprises.

Ces atouts de la R&D en Chine sont particulièrement sensibles dans les nombreuses start-up hi-tech dans le pays. Je soutiens que celles-ci illustrent le fort potentiel des partenariats prometteurs avec des sociétés internationales.

L’enquête précitée a été menée avant les mesures de confinement drastiques liées au Covid-19 en Chine – qui sont toujours en vigueur. Les défis économiques résultant de la pandémie, ajoutés à la répression politique contre les entreprises technologiques dont les géants du web, ont déjà produit une réaction négative contre le secteur technologique en Chine.

Les jeunes pousses chinoises sont vraiment championnes pour atteindre des délais de commercialisation de plus en plus courts
Philippe Roesle

Cependant, grâce à la (ré)affectation actuelle des investissements publics et privés, les traits et caractéristiques les plus distincts des start-up chinoises perdureront sans doute. Animées par un marché très compétitif et en évolution rapide, les jeunes pousses tendent à passer rapidement de la phase d’idéation à l’expérimentation sur la base des modèles innovants, ensuite au produit minimum viable, et enfin à la validation commerciale. Les start-up chinoises sont vraiment les championnes pour atteindre des délais de commercialisation de plus en plus courts.

Toutefois, le marché chinois reste exigeant et notamment, il devient de plus en plus difficile de pénétrer son écosystème dynamique. Il y a une série d’obstacles, allant des droits de propriété intellectuelle peu élaborés à l’inégalité des règles du jeu, ou allant des réglementations plus strictes aux pratiques commerciales peu transparentes, des incertitudes politiques aux barrières culturelles.

Ces obstacles ne constituent pas d’entrave à l’engagement sur le marché chinois. Mais en ce qui concerne la collaboration dans la R&D, l’un des répondants à l’enquête souligne une autre possibilité intéressante d’interagir avec les acteurs chinois. Cette entreprise précise que bien qu’elle exerce une activité recherche et développement très limitée en Chine, bien séparée de sa R&D fondamentale, elle a mis en place une équipe de recherche dans le domaine technologique. Son but: identifier des chercheurs locaux et des start-up innovantes avec lesquels elle peut entrer en partenariat pour son offre globale. Une telle approche ne permet pas seulement de tirer profit du potentiel élevé et de la maturité du monde de l’innovation en Chine. Elle offre en plus l’avantage de minimiser des risques avec un flux de savoir-faire et même de technologie qui provient de la Chine au lieu d’aller uniquement vers la Chine.

Ce constat individuel correspond bien à ce que Swissnex en Chine a noté: plusieurs entreprises suisses nous ont chargés de soutenir leurs connexions avec les start-up commerciales en Chine afin de gagner des informations précoces sur les tendances, les technologies expérimentales et éventuellement de nouveaux secteurs d’activité. Comme l’a observé l’IMD, des modèles de co-innovation tirent profit des capacités d’innovation de l’écosystème des start-up chinoises pour créer ou améliorer un produit ou un service, soit pour le marché global, soit pour le marché chinois.

Il y a certaines «étoiles montantes» fascinantes, comme PHABuilder et ses matériaux biodégradables verts
Philippe Roesle

Bien que les entreprises suisses possèdent des atouts techniques, des canaux de distribution sophistiqués, et la crédibilité de la marque, les jeunes pousses de Chine, en particulier, bénéficient de la proximité avec le consommateur chinois. En outre, comme déjà constaté, il y a aussi l’agilité en ce qui concerne la vitesse de la construction et la mise en épreuve des solutions, pas seulement pour le marché chinois mais pour un marché global. Ces opportunités gagnant-gagnant entre les start-up chinoises et grandes sociétés internationales sont moins restreintes par les politiques et réglementations.

Ces jeunes entreprises ont certainement un rôle à jouer dans l’innovation commerciale. Il existe plusieurs façons d'interagir avec les start-up chinoises. Des entreprises suisses telle que Firmenich ont déjà jeté les bases. Il y a certaines start-up 'étoiles montantes' fascinantes en Chine, par exemple PHABuilder, dont le pipeline R&D intègre déjà des matériaux biodégradables verts, ou Joes Future Food, qui développe les capacités de commercialisation de la production de la viande cellulaire, surtout le porc, en Chine.

Une collaboration commerciale avec de telles start-up chinoises peut offrir un moyen dynamique et allégé d’exploiter le potentiel R&D en Chine. Cette collaboration est aussi pertinente dans un contexte de fragilité politique et économique dans lequel de nouveaux investissements à grande échelle dans ce domaine poseraient des risques et, par conséquent, ne constituent pas une option viable.

La version anglaise est accessible en cliquant sur ce lien.

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Philippe Roesle

Swissnex en Chine CEO et consul

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