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Pénurie de main-d’œuvre et transition énergétique: un défi

Formation et reconversion ont un rôle clé à jouer. Par Véronique Kämpfen

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«Le secteur de la construction est indispensable à l’atteinte des objectifs de la Confédération en matière de politique énergétique et climatique.»

La pénurie de main-d’œuvre est d’une ampleur inédite en Suisse et touche toute l’économie. Le manque était constaté depuis longtemps dans les entreprises cherchant des profils hautement qualifiés. Depuis la reprise d’après-covid, le problème a gagné tous les secteurs, tous les profils et tous les niveaux de qualifications.

Cette pénurie est particulièrement problématique dans la construction, où le manque de personnel qualifié risque de freiner la transition énergétique. En effet, le secteur de la construction est indispensable à l’atteinte des objectifs de la Confédération en matière de politique énergétique et climatique, les bâtiments et les infrastructures représentant un tiers des émissions de CO2 en Suisse et consomment 40% de l’énergie. C’est dire à quel point l’enjeu est de taille.

De nombreuses entreprises proposent à leur personnel un perfectionnement ciblé pour pallier un manque de compétences
Véronique Kämpfen

La Suisse n’est pas le seul pays à faire face à ces difficultés. C’est aussi le cas en Allemagne. Dans la construction allemande, 200.000 places de travail sont ouvertes, qu’il faut repourvoir pour atteindre les objectifs environnementaux. L’Institut der deutschen Wirtschaft, à Cologne, s’est penché sur la question. En 2018, derniers chiffres disponibles, 5,3% des actifs allemands étaient engagés dans des secteurs liés à la transition énergétique. Ce groupe se différencie des autres actifs par la surreprésentation des personnes qualifiées par le biais d’un apprentissage et de formations continues professionnelles, soit 67%, contre 58% dans le reste de la population. Dans ces métiers, les compétences techniques sont particulièrement recherchées: plus de la moitié des spécialistes devra apprendre à développer de nouvelles compétences en emploi pour faire face aux spécificités de la question énergétique.

En Suisse, la situation est similaire. La formation de la relève est une des solutions envisageables. Au niveau de l’orientation professionnelle, cela signifie guider les jeunes vers les secteurs d’activité concernés par ces pénuries. C’est non seulement le gage d’un emploi à la sortie des études ou de la formation professionnelle, mais aussi l’assurance de pouvoir se développer au cours de sa carrière et de profiter de conditions de travail attractives, voire de lancer son entreprise dans ces secteurs en plein développement.

La deuxième piste est la formation continue en emploi ou la reconversion professionnelle. De nombreuses entreprises proposent à leur personnel un perfectionnement ciblé pour pallier un manque de compétences. C’est profitable pour leur propre activité, mais aussi pour celle de leurs collaboratrices et collaborateurs, qui voient leur attractivité sur le marché du travail augmenter.

La transition énergétique ne pourra se faire sans travailleurs compétents. C’est la clé d’un monde plus durable.

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Véronique Kämpfen

FER Genève Directrice de la communication