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On ne joue pas avec le feu!

Certains politiciens tendent à jouer toujours plus dangereusement avec des allumettes lorsqu’il s’agit de l’indépendance de la BNS. Par Corine Fiechter

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La mission essentielle de la BNS n’est pas de générer des bénéfices, ni de financer des programmes mis en place par le politique, mais de garantir la stabilité des prix.

On vous l’a certainement aussi dit et répété quand vous étiez petit: on ne joue pas avec le feu. Pourtant, certains politiciens tendent à jouer toujours plus dangereusement avec des allumettes lorsqu’il s’agit de l’indépendance de la BNS. Ici une proposition de piocher dans les caisses de la BNS pour renflouer l’AVS, là une demande d’intervention extraordinaire pour la crise du Covid, ou encore des velléités de créer un fonds souverain pour financer des investissements – le tout alimenté par des fonds de la BNS.

Si ces propositions émanent de différents camps politiques, toutes occultent un point essentiel: la mission essentielle de la BNS n’est pas de générer des bénéfices, ni de financer des programmes mis en place par le politique, mais de garantir la stabilité des prix. Pour ce faire, elle doit rester indépendante et pouvoir intervenir en tout temps pour lutter notamment contre la pression inflationniste. Cela sous-entend qu’elle peut aussi générer des pertes, comme le montrent les chiffres publiés fin juillet. Au premier semestre 2022, la BNS a en effet enregistré une perte de 95,2 milliards de francs, contre un bénéfice de 43,5 milliards à la même période un an plus tôt. De quoi rappeler que ses résultats ne sont pas garantis et peuvent fortement fluctuer d’une année à l’autre, comme cela avait par exemple été le cas entre 2013 et 2014. Rappelons aussi que depuis l’augmentation considérable de son bilan dès 2008, non seulement ses perspectives de rendement absolu se sont accrues, mais aussi les risques de pertes.

D’une manière ou d’une autre, les propositions politiques reposant sur un financement au moyen de fonds de la BNS induiraient une intervention dans sa politique monétaire. Ce qui signifierait une perte d’autonomie de notre Banque nationale, ne serait-ce que par la pression qui pèserait sur ses épaules pour qu’elle génère des bénéfices. De quoi la détourner de sa mission essentielle de stabilisation des prix. Une mission qu’elle remplit d’ailleurs plutôt bien, puisque l’inflation en Suisse est actuellement de 3,4%, contre 8,9% dans la zone euro et même plus de 9% aux Etats-Unis. Sans parler de la Turquie, où l’inflation flirte avec les 80%. La Turquie où justement le pouvoir en place ne se prive pas d’intervenir dans la politique monétaire de sa banque centrale, dont il a déjà limogé trois présidents depuis 2019.

On ne joue donc pas avec le feu lorsqu’il s’agit de l’indépendance de la BNS, qui est l’un des piliers de notre prospérité à tous. Car à trop vouloir allumer de mèches par des interventions politiques, on risque un douloureux retour de flamme.

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Corine Fiechter

Economiesuisse Responsable de projets, économie générale

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