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Notre précarité alimentaire et la transition énergétique

La croissance de la production de biocarburants pose de nombreux défis. Par Marie Owens Thomsen

Keystone
La part des récoltes allouée à la production de biocarburants s’élevait à 16% concernant le maïs, et à 13,5% pour les huiles végétales.

Aujourd'hui environ 80% de la population mondiale se nourrit au moins partiellement d'aliments importés. La valeur de ces importations a triplé depuis le début du siècle, et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, le FAO, s’attend à un niveau record en 2021 avec une facture globale qui devrait atteindre 1750 milliards de dollars, soit une hausse de 14% par rapport à 2020. Les pays en voie de développement représentent 40% de ces importations et huit des 12 régions en développement affichent un solde négatif dans le commerce des aliments de base.

L’Afrique, un continent confronté à de graves problèmes d'insécurité alimentaire, a importé environ 85% de ses aliments consommés entre 2016 et 2018. Avec l’augmentation de sa population, les importations nettes de produits alimentaires vers l'Afrique devraient tripler d'ici 2025, même si la sous-alimentation en Afrique devrait augmenter d’un tiers.

Les prix alimentaires internationaux sont actuellement au plus haut niveau depuis 2011. En effet, l'indice FAO qui les mesure a gagné 3% en octobre par rapport à septembre, et 31,3% en glissement annuel. Les prix des huiles végétales et des céréales ont subi la plus forte augmentation en octobre 2021 en hausse respectivement de 9,6%, un record historique, et de 3,2%.

En l’absence de réchauffement climatique, la production mondiale de blé aurait été supérieure de 5,5% et la production de maïs de 3,8% entre 1980 et 2008.
Marie Owens Thomsen

Ces augmentations s’expliquent en partie par la production de biocarburants qui a triplé entre 2005 et 2018. En 2018, la part des récoltes allouée à la production de biocarburants s’élevait à 16% concernant le maïs, et à 13,5% pour les huiles végétales. Les conséquences du changement climatique impactent également le prix. La baisse de la productivité agricole dans le monde n'a pas été tant causée par une perturbation des précipitations, mais principalement par l’augmentation des températures, provoquant une déshydratation, empêchant la pollinisation et ralentissant la photosynthèse. En l’absence de réchauffement climatique, la production mondiale de blé aurait été supérieure de 5,5% et la production de maïs de 3,8% entre 1980 et 2008.

Si l’on souhaite assurer simultanément une sécurité alimentaire pour tous et une production d’énergies renouvelables, il faudrait remplacer la fabrication de biocarburants à base d’huiles et de céréales par une production à partir de matières premières non-alimentaires, telles que la cellulose (fabriquée à partir de bois, d’herbe ou de parties non-comestibles de végétaux) – de quoi mettre le doigt entre le bois et l’écorce.

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Marie Owens Thomsen

Lombard Odier Head of global trends and sustainability