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Des prix plus «justes» de l’énergie fossile

Il est important d’appréhender l’envergure des subventions en faveur du secteur de l’énergie fossile, toujours en place malgré la nécessité de diminuer cette activité. Par Marie Owens Thomsen

Keystone
Le montant des subventions directes destinées aux énergies comme le pétrole suffirait à vacciner la population mondiale contre le Covid

Toute activité humaine est plus ou moins sensible au prix. Aux Etats-Unis, par exemple, il a été estimé qu’un impôt de 25 centimes de dollars sur les cigarettes engendrerait une baisse de 0,6 % de la population qui fume.

De manière corollaire, toutes sortes de «bonus », tels qu’un taux d’imposition plus favorable ou une prime à la conversion pour mettre un ancien véhicule à la casse et en acquérir un nouveau moins polluant, auraient tendance à augmenter l’activité visée.

Il est donc important d’appréhender l’envergure des subventions en faveur du secteur de l’énergie fossile, toujours en place malgré la nécessité de diminuer cette activité pour réaliser l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport au niveau préindustriel.

Le Fonds monétaire international (FMI) a étudié la situation dans 191 pays et publié les résultats en septembre 2021. Par région, l'Asie de l'Est et le Pacifique représentent 48 % du total des subventions de l’énergie fossile. Par pays, la Chine reste le plus gros «subventionneur» en termes absolus, suivie des États-Unis, de la Russie, de l’Inde et de l’Union européenne.

À l'échelle mondiale, les subventions pour le secteur de l’énergie fossile s'élevaient à 5.900 milliards de dollars en 2020, soit environ 6,8% du PIB mondial, et devraient atteindre 7,4% du PIB en 2025. La sous-facturation des coûts de production, considérée par le FMI comme des subventions explicites, ne représentent que 8% du total des subventions. Ainsi 92% consistent en des subventions implicites qui comprennent les coûts liés à l’environnement et les revenus de taxes sur la valeur ajoutée manqués, dont 42% sont les coûts liés à la pollution de l’air et 15% concernent les embouteillages et les accidents de la route. Le réchauffement climatique compte pour 29% dans le calcul.

À l'échelle mondiale, les subventions pour le secteur de l’énergie fossile s'élevaient à 5.900 milliards de dollars en 2020, soit environ 6,8% du PIB mondial
Marie Owens Thomsen

Le montant des subventions directes à lui seul suffirait à vacciner la population mondiale contre le Covid, ou permettrait de financer trois fois les sommes nécessaires pour éradiquer l’extrême pauvreté dans le monde. La facture de ces subventions est bien sûr payée par les contribuables.

Des prix de l’énergie fossile plus «justes» réduiraient les émissions mondiales de CO2 de 36% en dessous des niveaux de référence. Ce plan d’action permettrait de maintenir le réchauffement climatique à 1,5°C, tout en augmentant les revenus de 3,8% du PIB mondial et en prévenant 0,9 million de décès dus à la pollution atmosphérique – voilà ce qui est réellement à portée de main.

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Marie Owens Thomsen

Iata Economiste en chef

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