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McKinsey: bénédiction ou malédiction?

SWITZERLAND INC. Le cabinet de conseils en management, très présent en Suisse, a défrayé la chronique lors des récentes élections présidentielles dans l’Hexagone. Par Philippe D. Monnier

Keystone
Le candidat Macron s’est en effet vu reprocher d’avoir dépensé un milliard d’euros pour la seule année 2021 pour des consultants externes, entre autres McKinsey.

En France, c’est malgré «l’affaire McKinsey» qu’ Emmanuel Macron été réélu à la présidence de la République. Durant sa campagne express, le candidat Macron s’est en effet vu reprocher d’avoir dépensé près d'un milliard d’euros pour la seule année 2021 pour des consultants externes, entre autres McKinsey.

De plus, à cause de ce «phénomène tentaculaire», les hauts fonctionnaires de l’administration se seraient dessaisis de leurs responsabilités, par exemple concernant les mesures contre le Covid. Finalement, McKinsey n’aurait pas payé d’impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020 suite à un transfert de ses bénéfices imposables dans le Delaware, connu pour sa fiscalité clémente.

Ces attaques sont-elles justifiées? La question est également importante pour la Suisse, car ce cabinet mondial de conseils en management est très actif dans notre pays. De plus, les anciens de McKinsey sont légion dans les hautes sphères de l’administration et des entreprises suisses. Permettez-moi d’essayer de répondre à certaines questions sur ce cabinet sur la base de deux expériences: McKinsey a été mon ancien employeur pour une courte durée; en tant que client, j’ai énormément travaillé avec des consultants de ce type.

McKinsey fait tout pour demeurer en permanence dans l’esprit des grands dirigeants
Philippe D. Monnier

McKinsey décide-t-il à la place de ses clients? La réponse formelle est bien sûr que non. Mais il est évident que les décideurs officiels adoptent très souvent des recommandations et des arguments convaincants, par exemple ceux avancés par la société américaine.

A mon sens, les meilleurs consultants disposent non seulement des connaissances étendues et d’une forte compétence analytique, mais ils sont aussi capables «d’inclure» leurs clients dans leurs projets et donc de ne proposer que des solutions acceptables.

Les administrations publiques et les entreprises ont-elles trop recours aux cabinets de ce type dont la facturation par consultant est supérieure à 100.000 francs par mois? Sans doute dans certains cas, car les meilleurs consultants gardent en permanence leurs oreilles grandes ouvertes et sont à même de déceler moult opportunités d’amélioration chez leurs clients.

En outre, McKinsey fait tout pour demeurer en permanence dans l’esprit des grands dirigeants. Et le jour où ces derniers seront confrontés à un problème sérieux, ils y penseront probablement. Evidemment, «The Firm» (surnom interne de McKinsey) reste religieusement en contact avec ses anciens consultants, en particulier ceux susceptibles de générer des mandats.  

Concernant l’imposition, toutes les entreprises doivent se soumettre à la législation en vigueur et sont susceptibles de faire l’objet de contrôles tout en bénéficiant de la présomption d’innocence. De plus, par principe, les entreprises doivent être imposables dans les juridictions où elles exercent leurs activités. Et s’il existe encore des «trous» législatifs, c’est aux parlements de les corriger sans délai.

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Philippe D. Monnier

Entrepreneur et administrateur