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L’impossible de l’Etat, le possible des autres

INFUSION DE LIBERTÉ. La surcharge des hôpitaux pour justifier les restrictions de liberté n'est plus un argument recevable. Par Jérémie Bongiovanni

Keystone
«N’est-ce pas le faible nombre de lits prévus par l’Etat qui entraîne la surcharge des hôpitaux?»

Dans la crise sanitaire, le danger de la surcharge des hôpitaux est l’argument principal pour justifier les restrictions des libertés fondamentales. Lorsque certains se plaignent qu’on n’augmente pas les capacités des soins intensifs pour mettre fin aux entraves des libertés, beaucoup rétorquent que c’est «impossible». Est-ce véritablement le cas et pourquoi?

La cause de la surcharge des hôpitaux

On peut s’interroger sur le véritable lien de causalité qui explique la surcharge des hôpitaux. En effet, n’est-ce pas le faible nombre de lits prévus par l’Etat qui entraîne la surcharge des hôpitaux?

A ceci on répondra cependant que la pandémie est une situation inédite et que l’Etat ne pouvait pas être préparé à une situation si extrême. Dans un premier temps, on admettait cet argument. Au printemps 2020, alors que la crise sanitaire éclatait, on pouvait expliquer que le système hospitalier n’était pas préparé à une telle augmentation des patients aux soins intensifs. La solution qui devait, à court terme, permettre de juguler cet afflux résidait dans la baisse des contaminations en restreignant certaines libertés fondamentales. Bien qu’avec de la retenue, on peut le justifier, puisque c’était pour protéger la vie d’autres individus. Or, lorsque deux ans après la première vague, les libertés fondamentales doivent être limitées car le système hospitalier de l’Etat est à nouveau surchargé, il doit y avoir un problème.

Il est inconcevable que l’Etat ne s’adapte pas à la réalité en deux ans de crise.
Jérémie Bongiovanni

Il est inconcevable que l’Etat ne s’adapte pas à la réalité en deux ans de crise. Surtout que le nombre de lits a baissé depuis le début de la crise alors qu’il aurait dû augmenter. C’est enfin là qu’on nous explique que cela était «impossible». En effet, il serait «impossible» d’augmenter le nombre de soignants ainsi que de trouver le financement nécessaire. Donc voilà, une fois qu’on nous a jeté cette fatalité à la figure, on se résigne, on se dit qu’on acceptera les mesures restrictives de l’Etat aussi longtemps qu’il y aura des vagues de Covid-19 et que nos libertés fondamentales finiront par se noyer dans le ressac sanitaire. Point à la ligne.

«C’est impossible»

Pourtant, l’affirmation selon laquelle l’augmentation du nombres de lits aux soins intensifs est impossible doit être rejetée, car inacceptable et vraisemblablement erronée.

Elle est tout d’abord inacceptable, car si l’Etat retire aux individus la possibilité de gérer eux-mêmes les soins en étatisant le système hospitalier, il est responsable de veiller à ce que la capacité des ressources à disposition soit adaptée à la quantité des ressources demandées. Il ne peut pas expliquer que des solutions sont «impossibles».

Vraisemblablement erronée, car ce n’est pas parce que l’Etat affirme que c’est «impossible», que ça l’est pour autant. C’est «impossible» pour lui, car il a un savoir limité à sa disposition. La compétition que connaît l’économie privée – à laquelle participent tous les individus, contrairement à l’Etat, au caractère exclusif – permet l’émulation et la mobilisation du savoir répandu dans toute la société. On décrit la compétition comme un processus de découverte d’informations et de savoir. L’Etat s’en prive et croit donc, malgré lui, que certaines choses sont impossibles.

Par conséquent, il ne peut être qu’inefficace dans l’allocation des ressources, en particulier du capital. En septembre dernier, le média spécialisé en santé, Medinside, publiait une tribune en décrivant le problème d’allocation des ressources financières par la Confédération: 90,7 milliards dans l’atténuation des conséquences économiques, mais pas un centime pour l’extension des soins intensifs. L’argent pour améliorer les conditions de travail du personnel médical ne manque apparemment pas.

On doit se demander si la surcharge des hôpitaux n'est pas liée à une défaillance de l’Etat. Si ce devait être le cas, il serait grave qu’il fasse porter les conséquences de ses erreurs à l’ensemble de la population.

Il reste pourtant de quoi se réjouir. Pensez que si l'Etat avait été responsable de développer un vaccin pour la fin de l’été 2020 il nous aurait probablement expliqué que c’était «impossible». Soyons au moins reconnaissants qu’il n’ait pas pris cette responsabilité. Cette crise doit nous avoir appris une chose: l’«impossible» de l’Etat est le possible des autres.


Article mis à jour le 12 janvier 2022 à 21h09

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Jérémie Bongiovanni

Liber-thé Co-fondateur

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