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Les populistes nient l'évidence du changement climatique

Le référendum contre le contre-projet à l'initiative des glaciers montre que l'UDC ne prend pas au sérieux le réchauffement. Par Jacques Neirynck

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«Le contre-projet à l'initiative sur les glaciers prévoit le remplacement des chauffages polluants, l'assainissement énergétique des bâtiments et une offensive sur le solaire.»

Initiative, contre-projet du parlement, référendum contre le contre-projet. Une routine classique en politique suisse. Mais l’objet est maintenant capital: la transition climatique, le plus grand défi du siècle. La Suisse va devoir se prononcer par référendum le 18 juin sur le contre-projet à l'initiative sur les glaciers. Il prévoit «le remplacement des chauffages polluants, l'assainissement énergétique des bâtiments et une offensive sur le solaire qui facilitera la construction de grands parcs solaires alpins.»

Les initiants décrivent ce contre-projet comme toxique pour l'économie. Atteindre la neutralité carbone en 2050 signifie interdire le mazout, l'essence, le diesel et le gaz. Le chauffage et la conduite automobile ne seraient plus possibles qu'avec l'électricité. Il n’y a pas d’échappatoire possible.

Pour pallier une pénurie d'électricité, le parlement a ajouté une prescription sur le solaire au contre-projet. Les nouvelles constructions d'une surface au sol supérieure à 300 m2 devront se munir de panneaux photovoltaïques. Les grands parcs solaires alpins pourront obtenir une aide fédérale.

En ajoutant des campagnes de méfiance à l’égard des «élites», on ruine lentement l’édifice démocratique
Jacques Neirynck

Dès lors que s’ébauche un brouillon de plan fédéral à long terme, comment peut-on encore s’y opposer? D’autant que l’année 2022 n’a pas été avare de catastrophes climatiques donnant un avant-goût de ce qui va advenir.

Jadis les populistes ont commencé par prétendre qu’il n’y avait pas de réchauffement climatique, puis par affirmer que ce qui se produit n’est pas dû à des causes humaines. Cela semble être la position de repli sur laquelle se jouera le référendum de juin prochain. Soutenir qu’il est possible, voire indispensable de continuer à brûler des combustibles fossiles. C’est nier l’influence des gaz à effets de serre, une chaîne causale pourtant établie au-delà de toute contestation. Comment est-il possible de manœuvrer en politique en niant l’évidence?

Le but du populisme n’est pas de résoudre les défis tels qu’ils se posent en réalité, mais tels qu’ils sont perçus par la masse des électeurs, dont la formation scientifique est incontestablement défaillante. On peut donc prétendre n’importe quoi, aussi bien pour le réchauffement climatique que pour la vaccination contre le Covid. Cela procède d’une analyse cynique mais réaliste de l’opinion publique. En y ajoutant des campagnes de méfiance à l’égard des «élites», on ruine lentement l’édifice démocratique.

L’exemple de Bolsonaro et de Trump démontre qu’une telle campagne de communication peut dégager une majorité électorale. Celle-ci acquise une seule fois de justesse, le pouvoir devient définitivement la propriété du leader charismatique, propulsé par son identification aux craintes de la majorité. Il suffit ensuite de lancer des émeutiers à l’assaut des bâtiments qui sont le siège du pouvoir. La Suisse serait-elle indemne de cette contamination? Rien ne serait plus dangereux que de le croire. La démocratie n’est pas douée d’immortalité.

L'UDC montre à nouveau qu'elle ne prend pas au sérieux la crise énergétique et climatique, a déploré dans un communiqué l'Association suisse pour le climat. Elle regrette que le vote à venir, qui devrait avoir lieu le 18 juin 2023, retarde le changement de loi.

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Jacques Neirynck

Ancien conseiller national