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L’économie contre le discours des valeurs

Le «softpower» occidental face à l'approche russe ou chinoise. Par Guy Mettan

KEYSTONE
Sommet des BRICS, en 2018 à Johannesbourg, avec les présidents chinois, sud-africain et russe.

La guerre en Ukraine a remis plus que jamais au goût du jour le discours sur les valeurs. C’est au nom des «valeurs européennes» que nous soutenons l’Ukraine contre les Russes. Démocratie, droits de l’Homme, civilisation, préservation de la planète, nous ne faisons que défendre la cause sacrée du Bien contre la dictature, la barbarie, le Mal absolu prétendument incarné par Vladimir Poutine et ses monstres venus du froid.

Sauf que ce discours, inlassablement rabâché par des médias sycophantes depuis sept mois, ne trompe plus personne au-delà du cercle étroit des démocraties dites libérales. En Afrique, en Asie, en Amérique latine, on met les pieds au mur et on refuse d’emboucher des trompettes qui sonnent de plus en plus faux. Trop d’hypocrisies, de doubles discours, de «faites ce que je dis ce pas ce que je fais», trop de guerres, de famines et d’invasions odieuses (Vietnam, Irak, Afghanistan, Libye, Yémen…) menées au nom d’intérêts fort égoïstes mais dissimulés derrière une propagande mêlant habilement alibis moraux et idéaux universalistes, ont eu raison de ce discours.

La stratégie des Chinois est ainsi à l’exact opposé de celle des Occidentaux, et c’est précisément ce qui fait son succès
Guy Mettan

Le softpower occidental, dont on vante volontiers l’efficacité et la supériorité sur la puissance dure chinoise, russe ou autre, fait encore merveille au sein des nations du camp occidental mais n’agit plus dans le reste du monde. Au contraire, celui-ci écoute de plus en plus volontiers les ténors de l’axe du mal, en Afrique notamment, parce qu’ils ne cherchent pas à tromper sur la marchandise. La stratégie des Chinois est ainsi à l’exact opposé de celle des Occidentaux, et c’est précisément ce qui fait son succès.

Elle se base sur des intérêts économiques réciproques, sans chercher à renverser des gouvernements, imposer la «démocratie», convertir les esprits à l’idéal LGBT ou wokiste, à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre (dont l’Afrique n’est responsable qu’à hauteur de 3% du total historique), ni à prétendre lutter contre la corruption et assurer un «développement» qui ne vient jamais parce que l’aide acheminée à grands renforts médiatiques par l’Occident ne fait que cacher des entreprises de prédation des ressources naturelles éhontées, comme c’est le cas dans l’est du Congo, les forêts de Bornéo, les millions d’hectares de terres privatisées d’Ukraine et la jungle amazonienne.

Le cas du pétrole camerounais est emblématique à cet égard. Lorsque le président Macron a fait le tour de l’Afrique en juillet dernier pour contrer l’influence russe, il s’est arrêté à Douala pour demander au président Biya de renoncer à vendre son gaz liquéfié à Gazprom. Le président camerounais lui a simplement rétorqué que quinze ans plus tôt la France avait promis d’investir cinq milliards d’euros dans l’exploitation du gaz camerounais et que, Paris y ayant renoncé, le pays s’était tourné vers les Russes qui s’étaient fait un plaisir de développer la filière.

Le cas de la Centrafrique est encore plus flagrant. Avec des comportements aussi arrogants, contradictoires et choquants sur le plan moral comme sur le plan économique, il ne faut pas s’étonner si le soft power occidental est en berne et le réalisme économique chinois ou russe en progression hors du camp occidental.

Commentaires1

Tout voir

Enfin une analyse objective, félicitation. Dans le nouvel ordre mondial voulu par les élites , il y lieu de connaitre la nation dominante et la guerre actuelle déterminera qui de la Chine, USA , ou Russie dominera cette nouvelle lubie des puissants ,actuellement la Chine gagne sur ses deux adversaires qui se battent entre eux.

Christian Roche

il y a 17 jours
C'est instructifC'est instructif

Guy Mettan

Chroniqueur, journaliste indépendant