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Gérer la crise de l’énergie, c’est bien. L’éviter, c’est mieux

Le Parlement révise actuellement les règles sur l’approvisionnement électrique. Une occasion pour accélérer le développement des énergies renouvelables. Par Dominique Rochat

«Autre bonne nouvelle: la France fait lentement redémarrer ses centrales nucléaires, dont une bonne partie sera disponible début 2023, soit juste avant les mois les plus froids.»

Enfin! le Conseil fédéral a mis en consultation les mesures visant à gérer une éventuelle crise de l’électricité cet hiver. Pour pouvoir s’organiser au mieux, tous les acteurs privés ou publics concernés ont besoin de connaître au plus vite les règles du jeu. Mais le plus important, c’est de mettre en place rapidement les conditions qui permettront à la Suisse de disposer de suffisamment d’énergie ces prochaines décennies, spécialement d’électricité. Ce chantier sera sans nul doute celui du siècle.

Les mesures d’urgence annoncées par la Confédération ne dévient pas de la ligne déjà annoncée, avec un minimum d’exceptions. Toutes les entreprises seraient touchées par les restrictions et interdictions prévues ou par des délestages. Le poids d’un contingentement reposerait en revanche uniquement sur les grands consommateurs.

En première analyse, les mesures présentées n’offrent pas assez de souplesse aux entreprises concernées. L’échange de contingents ne serait ainsi possible qu’à l’hiver prochain, alors que c’est une mesure clé pour aider les sociétés qui dépendent de l’électricité à continuer de faire tourner leurs installations.

Même si la situation est moins tendue qu’à l’automne, les risques de rupture de l’approvisionnement électrique cet hiver restent élevés
Dominique Rochat

Même si la situation est moins tendue qu’à l’automne, les risques de rupture de l’approvisionnement électrique cet hiver restent élevés. L’Europe a pu stocker assez de gaz. Payé au prix fort, ce combustible renchérira le courant qu’il permettra de produire pour faire face aux pics de consommation hivernaux.

Autre bonne nouvelle: la France fait lentement redémarrer ses centrales nucléaires, dont une bonne partie sera disponible début 2023, soit juste avant les mois les plus froids. Toutefois, quelques grains de sable suffiraient pour gripper la machine électrique européenne. On doit en particulier envisager l’arrêt involontaire ou provoqué d’importantes infrastructures ou une vague de froid persistante. Autant d’impondérables qui justifient de se préparer au pire, en espérant qu’il n’arrivera pas.

Cette crise ramène brutalement sur le devant de la scène le vrai défi de la Suisse: assurer notre approvisionnement électrique futur. Les chiffres sont clairs et un peu vertigineux: remplacer à terme les 23 milliards de kilowattheures produits en moyenne par les centrales nucléaires et y ajouter une bonne vingtaine pour alimenter les pompes à chaleur et la mobilité électrique. Pour y parvenir, il s’agira de pouvoir jouer sur toute la gamme des sources de production, développer le stockage, doper l’efficacité énergétique et innover. La transformation ne se fera pas en un jour, mais nous pouvons commencer dès maintenant à mettre en place les conditions pour la réussir.

Le Parlement révise actuellement les règles sur l’approvisionnement électrique. Il a une occasion à ne pas manquer d’accélérer le développement des énergies renouvelables en raccourcissant fortement les procédures d’autorisation. Tout le monde devra accepter des compromis et l’effort sera coûteux, mais bien moins que si nous restons les bras croisés.

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Dominique Rochat

Economiesuisse Responsable de projets