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Face à une pénurie incontournable, ne rien faire ou bien rationner?

Chaque pays qui se veut vraiment indépendant doit produire l’essentiel de ses besoins vitaux sur son territoire à commencer par l’énergie. Par Jacques Neirynck

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«Etablir une ration par ménages promet un bel embrouillamini par une bureaucratie galopante.»

Mercredi passé, lors d’une conférence de presse à Berne, les experts ont confirmé le danger d’une pénurie de combustible.

La Confédération a élaboré un plan catastrophe en cas de coupures d’électricité l’hiver prochain en Suisse, en raison de la crise énergétique notamment liée aux sanctions contre la Russie pour son invasion de l’Ukraine. Baptisé Ostral, il prévoit plusieurs échelons dans l’action. Les ménages seront appelés à réduire leur consommation et les entreprises, elles, doivent anticiper des réductions beaucoup plus drastiques.

Face à une pénurie incontournable, un gouvernement a le choix entre deux politiques: ne rien faire ou bien rationner. Abandonné à lui-même le marché fonctionnera selon sa logique: les prix monteront jusqu’à ce que la demande solvable équilibre l’offre. La demande non solvable est privée du produit. La rationalité de l’évolution darwiniste s’impose: seuls survivront les plus forts, les plus riches, les moins scrupuleux. C’est par cet instrument que nous sommes devenus ce que nous sommes: des compétiteurs féroces avec parfois des remords mineurs.

Ces derniers s’incarnent dans la politique de rationnement: fournir chacun selon ses besoins et non ses moyens, assurer le minimum vital aux plus déshérités. Durant la seconde guerre mondiale, l’outil de gouvernance fut le timbre d rationnement. Pour obtenir du pain il fallait non seulement le payer mais céder le timbre adéquat.

S’il faut passer à des mesures de contraintes, la plus menaçante est celle sur l’énergie, quelle que soit sa forme non renouvelable: gaz, charbon, fuel, essence, électricité, car elles sont interchangeables dans une large mesure. Limiter la consommation de gaz, d’électricité ou de fuel ne pose pas de problème par suite de l’existence de compteurs qu’il est possible de bloquer à un certain niveau. En revanche, limiter la consommation d’essence serait malhabile avec les timbres de la méthode archaïque. Mais il est possible de contrôler la consommation par un moyen numérique, le paiement par carte.

Encore faudrait-il établir une ration par ménages. Les uns font une navette pour se rendre au travail, d’autres n’ont que les courses locales parce qu’ils sont retraités. D’autres encore utilisent beaucoup le véhicule pour des raisons professionnelles. Cela promet un bel embrouillamini par une bureaucratie galopante.

Notre dépendance en combustibles fossiles nous met sous la dépendance de pays aussi peu démocratiques que la Russie ou l’Arabie saoudite, qui n’hésiteront pas à utiliser leurs fournitures comme arme. Notre négligence en matière climatique nous procure des feux de forêts, des inondations et des canicules.

Il faut comprendre maintenant que chaque pays qui se veut vraiment indépendant doit produire l’essentiel de ses besoins vitaux sur son territoire à commencer par l’énergie hydraulique, photovoltaïque et éolienne. Nous aurions pu l’apprendre voici un demi-siècle avec le Rapport du MIT sur les limites de la croissance dans une planète aux ressources finies.

Ces chercheurs estimaient en 1972 que la croissance s’effondrerait à partir de 2020. Cette prévision s’avère juste.

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Jacques Neirynck

Ancien Conseiller national

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