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Covid-19: le médecin cantonal neuchâtelois répond aux questions des lecteurs de «L’Agefi»

Santé. Explications sur la mutation du virus, l’efficacité des tests, travail des laboratoires ou encore sur la comparaison du nombre de cas actuels avec celui du printemps.

Le médecin cantonal neuchâtelois Claude-François Robert.(Keystone)
Nos tableaux détaillés des chiffres du coronavirus en Suisse ont suscité une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux vendredi dernier. Nous avons synthétisé les principales interrogations et les avons soumises au médecin cantonal neuchâtelois Claude-François Robert.   Le virus a-t-il muté et est-il moins dangereux aujourd’hui?  De manière générale, les virus mutent régulièrement. Différentes souches du Covid-19 ont été identifiées mais il n’y a pas d’éléments qui permettent de dire qu’il est moins dangereux maintenant qu’à ses débuts en Chine.   Les masques n’empêchent-ils pas la population de se créer une immunité face au virus?  Les masques sont utiles, ils retiennent les gouttelettes et donc la transmission de germes, c’est pour cette raison qu’on les utilise depuis longtemps en salle d’opération. On ne connaît pas grand-chose sur l’immunité de ce virus parce qu’on l’observe seulement depuis quelques mois. Actuellement, une hypothèse très intéressante est évoquée dans le milieu scientifique: le masque permettrait de diminuer la charge virale à laquelle nous sommes exposés pour ensuite développer une immunité. En résumé, le masque n’empêcherait pas de créer une immunité face au virus mais il atténuerait plutôt ses effets graves. Dans la lutte contre la variole, on utilisait une méthode qui s’appelle la variolisation, c’est-à-dire une exposition à une faible quantité du virus pour permettre au corps d’apprendre à se défendre sans avoir une charge importante et s’exposer à des effets secondaires. On observe également ce phénomène avec la rougeole. Par exemple, si un enfant a été exposé à une faible charge virale à l’extérieur mais qu’il tousse pendant plusieurs nuits, il va délivrer dans un espace fermé une grosse charge virale. Si ses frères et sœurs partagent sa chambre, ils seront alors plus gravement atteints.  Cela pourrait expliquer pourquoi il y a plus de cas graves en mars, car on ne savait pas qu’on était exposé à ce virus. Dans le cercle familial, si certains excrétaient le virus pendant plusieurs jours et toussaient contre leurs proches, la charge virale était alors très importante.   Comment comparer la courbe du nombre de cas de mars et d’avril avec celle des cas actuels?   Il y a plus de cas dans nos graphiques aujourd’hui, car on teste la majorité des gens. En mars, nous n’avions pas assez de tests, donc seules les personnes qui allaient être hospitalisées ou qui faisaient partie des catégories les plus vulnérables étaient contrôlées. Les autres étaient considérés comme des cas probables. On sous-estimait en tout cas d’un facteur 10 ou 20 la réalité de l’épidémie. Quand on avait 40 cas en mars dans le canton de Neuchâtel, on en avait en réalité 400 ou 500. Donc on ne peut pas se permettre de comparer simplement la courbe actuelle et celle du début de l’épidémie, suite à un biais de sélection des cas.   Pourrions-nous avoir des explications sur la technique de test dite PCR? Pourquoi certains pays appliquent 20-25 cycles et d’autres 40-45 cycles?  La PCR (Polymerase Chain Reaction) réalise des cycles d’amplification des brins d’ADN ou d’ARN. S’il y a des traces du virus après 20 à 25 cycles, cela signifie qu’il est très présent et nous sommes certains qu’il s’agit d’un cas positif. Dans le canton de Neuchâtel, on estime que lorsque le nombre de cycles d’amplification est de 35, il s’agit de cas douteux. La personne n’est probablement plus contagieuse, mais on trouve encore de l’ARN après l’avoir amplifié plus de 35 cycles. Il s’agit souvent de «vieux Covid», c’est-à-dire de personnes qui ont contracté la Covid en avril et ont encore de l’ARN virale en circulation mais qui ne sont plus contagieuses.  Les techniques d’amplification sont partout les mêmes, le nombre de cycles à partir duquel on décrète qu’il s’agit d’un cas douteux peut par contre dépendre du laboratoire. Le nombre de cycles d’amplification nous permet de prendre des mesures adaptées. Si l’on est convaincu qu’il s’agit d’un cas douteux, on ne prendra pas des mesures d’isolement par exemple.  Quelle est la fiabilité des tests?   Deux notions sont à prendre en compte avec les tests: la sensibilité, donc la capacité à détecter tous les cas, et la spécificité, le test doit s’allumer uniquement s’il s’agit de la Covid et pas d’un autre coronavirus. Le test PCR est très sensible à 98% et très spécifique. Nous nous méfions par contre des faux négatifs. Par exemple, si l’on sait que quelqu’un a été exposé à des cas et que le résultat est négatif, nous le testons à nouveau. Cela ne veut pas dire que les tests ne sont pas fiables mais au moment du prélèvement il peut y avoir des problèmes, par exemple si une personne âgée atteinte de démence s’agite lors de la prise d’échantillon dans le nasopharynx.   Dans les raisonnements, on prend également en compte la probabilité pré-test. Quand une personne présente des symptômes et a été en contact avec un cas positif, et que le test est négatif, nous serons enclins à la tester encore une fois, parce que la probabilité de pré-test est déjà élevée. Le résultat du test est important mais nous devons aussi analyser le contexte. On n’a pas envie d’avoir des faux négatifs qui se baladent dans la nature et qui sont contagieux.   Comment procèdent les laboratoires?   Tous les laboratoires sont approuvés par Swissmedic et doivent appliquer des méthodes reconnues. Au début de la pandémie, tous les tests PCR positifs devaient même être envoyés pour validation au CRIVE à Genève, le Centre national de référence des infections virales émergentes. Concernant les tests anti-géniques rapides, des études sont en cours à Lausanne et au CRIVE et ils ne sont pas encore validés, mais il y a des personnes qui à titre commercial demandent à des médecins de les réaliser.  Les gens peuvent également aller directement faire une sérologie au laboratoire, ce n’est pas interdit mais qui va interpréter le test? Pour quelqu’un qui n’est pas du milieu médical, l’interprétation est difficile. C’est pour cette raison que nous encourageons les gens à suivre les voies officielles, par souci de fiabilité et pour recevoir des conseils adaptés. >>Retrouvez notre tableau de bord sur le coronavirus

Stéphanie Giroud