L'essor de la logistique se confirme en Suisse

Plusieurs acteurs de la logistique en Suisse, qui ont profité de la progression du commerce en ligne en raison de la pandémie, comptent se développer. Cette dynamique se traduit aussi sur le marché immobilier.

Keystone
Les habitudes de consommation ont été chamboulées par la pandémie, et ont profité à l'activité logistique, notamment grâce au commerce en ligne.

L'activité logistique poursuit sur sa lancée de 2020, où les habitudes de consommation ont été chamboulées par le coronavirus. «DPD connaît une croissance à deux chiffres du nombre d'envois depuis le début de l'année. Le boom des commandes en ligne s'est matérialisé par la tendance d'une très forte hausse des livraisons en ville, plutôt qu'à la campagne», a expliqué Tilmann Schultze, le directeur général de DPD Suisse, filiale de l'activité colis du groupe public français La Poste.

L'an dernier, l'entreprise a enregistré une croissance du volume des colis domestiques de 35%, avec des pointes à 160.000 colis par jour, «dans une industrie où une croissance de 5 à 6% est satisfaisante».

La tendance se retrouve aussi à La Poste, qui voit passer actuellement entre 750.000 et 900.000 colis par jour, contre 650.000 en moyenne avant la pandémie. De janvier à avril, les envois ont augmenté de près de 20% par rapport à l'an passé, a indiqué une porte-parole du géant jaune.

Investissements à venir

Pour absorber ces volumes, DPD Suisse, qui compte 11 dépôts, va investir dans un nouveau site à Berne, «en remplacement de l'actuel, qui ouvrira à l'été 2022». La Poste voit aussi plus grand, en construisant un centre de tri de colis sur le site de l'ancienne usine de papeterie d'Utzenstorf d'ici fin 2023, qui emploiera environ 90 personnes.

Il sera notamment connecté au nouveau centre d'exploitation de Digitec Galaxus, filiale de Migros. La Poste compte aussi mettre en service des centres de colis régionaux dans des bâtiments existants à Buchs, Pratteln et Rümlang l'an prochain.

Ouvertures de dépôts et embauches

Des acteurs plus petits veulent aussi leur part du gâteau. Ainsi, Quickpac, qui livre des colis avec des véhicules électriques, compte «encore grandir» cette année, a assuré Bernard Germanier, directeur et responsable Services de Quickmail et Quickpac. La division du prestataire postal privé, basée à Saint-Gall, a vu le nombre de colis transportés passer à 1,9 million, après 1,5 million en 2019.

L'entreprise compte cette année «doubler le nombre de colis livrés et élargir l'activité sur les territoires où nous sommes déjà présents». Après un entrepôt ouvert en 2020 à Dietikon, près de Zurich, elle pense «ouvrir plusieurs dépôts avec des embauches à la clé» en 2022. «Nous regardons à l'est, dans la région de Berne et dans la Suisse centrale.» A partir de 2023, elle pourrait même s'implanter en Suisse romande.

En Suisse, presque tout est déjà construit. Construire du neuf reste très cher
Bernard Germanier, directeur et responsable Services de Quickmail et Quickpac

Reste que le marché immobilier du secteur n'est pas extensible à souhait. La tendance à transformer des installations industrielles en entrepôts devrait perdurer. «En Suisse, presque tout est déjà construit. Construire du neuf reste très cher», a confirmé le responsable de Quickpac. Pour Dietikon, les locaux d'une ancienne société industrielle ont été reconvertis.

Attractif pour les investisseurs

«Le marché reste toujours très actif depuis le début de l'année avec des demandes davantage portées par des besoins d'expansion que par des déménagements et des consolidations», a indiqué Julien Scarpa, consultant pour la Suisse romande chez CBRE, qui publie chaque année un rapport sur l'immobilier de logistique. Les professionnels, notamment du commerce en ligne «n'ont pas fini d'adapter leur parc immobilier à la croissance de leur activité, ce qui augure une année 2021 encore faste».

La région entre l'A1 et l'A2, autour de l'Argovie et de Soleure, reste le coeur de la logistique suisse. Mais CBRE note que Vaud et Fribourg ont vu «ces dernières années une croissance supérieure des investissements dans la construction neuve, et deviennent des lieux de transbordement entre la Suisse romande et alémanique, pour des concepts logistiques doubles (trains + camions)».

Chez DPD, la question se pose de savoir si le centre principal de Buchs, près de Zurich, est suffisant pour accompagner la croissance. «Il faudra sans doute un centre de tri supplémentaire dans un horizon de trois ans et dans ce cas-là, il faudra probablement un bâtiment neuf», selon son patron.

Du point de vue des investisseurs, «la logistique est devenue l'une des classes d'actifs les plus recherchées», a souligné M. Scarpa, et non plus un marché de niche. «Nous constatons lors de la mise en vente sur le marché de ce type de biens, que la logistique attire de plus en plus d'investisseurs de tous horizons.» (ATS)

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