La vague tant redoutée de faillites n'a pas encore déferlé sur la Suisse

Les mesures de soutien pour l’économie dans le cadre de la pandémie Covid-19 ne font que retarder l’échéance selon certains. D’autres espèrent qu’elles permettent de passer le cap.

Keystone

La pandémie de Covid-19 n’a pour le moment pas provoqué de faillites en série. Les dépôts de bilan entre janvier et octobre ont même baissé de 19% par rapport à l’année précédente. Les faillites en diminution contrastent avec un PIB qui, malgré la surprise positive au troisième trimestre, est en recul de 2% sur les neuf premiers mois.

Commentant les statistiques d’octobre affichant une baisse des faillites de 11% par rapport au même mois en 2019, Bisnode/D&B note que «grâce à la mise sous respirateur artificiel par l’Etat, certaines entreprises a priori déjà mortes continuent de vivre.» Les plans de soutien fédéraux et cantonaux ne feraient alors que décaler l’échéance fatale, souligne le fournisseur de données commerciales. Le président de l’union suisse des créanciers, Creditreform, Raoul Egeli abonde dans ce sens: «la question n’est pas s’il y aura une vague de faillites, mais à quel moment elle va arriver».

Les critères pour un soutien optimal

Plus optimiste, Franziska Fischer de Credit Suisse estime que cette vague ne va pas forcément se produire. «Si le soutien au niveau de la politique fiscale respecte de manière optimale les critères TTT (timely, targeted, temporary – au bon moment, ciblé, temporaire), des sociétés auparavant rentables ne devraient pas tomber en faillite. Si cela devait tout de même se produire, cela indique que certaines aides prennent trop de temps (cas de rigueur, timely), ou qu’elles ne bénéficient pas aux entreprises touchées (targeted)», selon la macroéconomiste.

Plusieurs cas d’entreprises rentables avant le chamboulement généré par le nouveau Coronavirus qui ont dû déposer le bilan ont néanmoins été médiatisés. La forte hausse de faillites, au-dessus de la tendance pluriannuelle à Zurich et au Nord-ouest du pays en octobre selon le moniteur des faillites du KOF confirme que le scénario adverse évoqué par Franziska Fischer, s’est déjà en partie concrétisé.

Détente de la situation du bassin lémanique

En Suisse romande cependant, le moniteur du KOF ne perçoit aucune hausse similaire des insolvabilités. Les mesures sanitaires prises pour contenir la deuxième vague sont pourtant plus strictes qu’outre-Sarine. Le bassin lémanique a même enregistré une détente de la situation. Ce n’est peut-être qu’une question de temps, puisque les chiffres pour le mois de novembre, le plus marqué par les restrictions pour combattre la deuxième vague, ne sont pas encore connus.

Mais cette contradiction apparente peut aussi refléter les distorsions générées par des soutiens aux entreprises qui diffèrent fortement tant entre les cantons qu’entre les secteurs. Les cas de rigueur et leurs définitions par les cantons, déterminantes pour l’enveloppe finale qui leur sera allouée, n’en sont que l’exemple le plus actuel et le plus tangible.

Les baisses de revenus ont conduit à des faillites

Depuis le début de la pandémie, Heiner Mikosch du KOF suit de près la question d’une vague de faillites provoquée par la pandémie. En août, il était encore arrivé à la conclusion qu’aucune «surmortalité» d’entreprises n’était à constater. Bien au contraire, les plans de soutien ont provoqué une chute marquée des faillites au printemps, à un niveau très loin de la moyenne. L’économiste constate que les entreprises qui ont dû déposer le bilan récemment «n’ont pas été directement touchées par la deuxième vague. Elles ont plutôt subi des baisses de leurs revenus parce que les clients sont devenus plus réticents à consommer. Au niveau des mesures de soutien, il existe une inégalité de traitement entre les entreprises qui ont été contraintes de fermer et celles qui subissent un changement du comportement des consommateurs. Le fait de se concentrer uniquement sur des entreprises concernées par des restrictions légales n’est pas forcément adapté à la situation.»

Le sursis Covid-19 n'a pas été prolongé

Ce sont donc des sociétés de services, par exemple des entreprises de taxis, des coiffeurs ou des esthéticiennes, qui ont dû déposer le bilan. Elles ont été touchées par les conséquences de la deuxième vague de la pandémie, mais aussi par «des mesures qui sont arrivées à échéance, et qui laissent présager d’une normalisation sur le plan des dispositifs pour les entreprises. Par exemple, le sursis Covid-19 protégeant les PME à court de liquidités de leurs créanciers a expiré le 20 octobre dernier, explique Heiner Mikosch. Le fait que celui-ci n’ait pas été prolongé a probablement porté le coup de grâce à des entreprises qui ont tenté de tenir bon pendant l’été. Je m’attends à une vague au cours de la nouvelle année, avant même l’arrivée d’un vaccin contre le Covid-19.» Pour Raoul Egeli de Creditreform, l’arrivée à échéance de cette protection «doit en tout cas inciter à réévaluer la situation». Les chiffres de novembre devraient donner les premières indications.

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Christian Affolter

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