La reprise économique ravive les problèmes de recrutement

L'industrie MEM manque d'ingénieurs et de techniciens. Les cuisiniers et les spécialistes et assistants au service sont également demandés, tout comme le personnel de santé et informatique.

Keystone
L'hôtellerie-restauration a perdu 50'000 emplois depuis le début de la pandémie, ce qui a conduit de nombreux travailleurs à se réorienter.

Des emplois sont à nouveau créés dans la majorité des secteurs et la reprise économique fait son chemin. Mais ce rebond ravive aussi des problèmes de pénurie et de recrutement de personnel qui étaient déjà bien installés avant la crise du coronavirus.

L'industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux (Industrie MEM) manque d'ingénieurs et de techniciens. Côté restauration, ce sont les cuisiniers et les spécialistes et assistants au service qui sont demandés. Et les besoins en personnel de santé et informatique peinent toujours à être comblés.

En août, le baromètre de l'emploi de l'Office fédéral de la statistique (OFS) confirmait le rebond de l'emploi et présentait des chiffres qui frôlaient le niveau d'avant la crise. Au compteur: près de 31'000 places de travail supplémentaires en l'espace d'un an.

Explosion des offres en ligne

Parallèlement, les offres d'emplois publiées ont bondi sur les plateformes de recherche d'emploi. Une hausse de 34% a été enregistrée sur le site romand jobup.ch entre janvier et octobre de cette année.

Les secteurs bénéficiant du boom le plus important sont ceux qui ont davantage souffert de la crise. Le domaine des soins affiche une croissance de 167%, alors que l'hôtellerie-restauration et du tourisme fait face à un nombre d'annonces qui a quadruplé.

Places vacantes en hausse

Ce foisonnement s'accompagne néanmoins d'une augmentation du nombre de postes vacants (+39,7% entre le deuxième trimestre de 2020 et celui de 2021) et des difficultés de recrutement. L'entreprise spécialisée en ressources humaines ManpowerGroup évoque même la pire pénurie de spécialistes depuis 15 ans.

"Avec l'embellie de cette année, le vent a tourné. Les entreprises créent à nouveau des emplois et la pénurie de travailleurs qualifiés se fait à nouveau sentir", explique Ivo Zimmermann, responsable Communication et membre de la direction de Swissmem, la faîtière de l'industrie MEM, à Keystone-ATS. Selon l'OFS, l'industrie est celle qui éprouve le plus de difficultés à embaucher.

Le secteur peine à recruter des femmes, continue Ivo Zimmermann. Un constat partagé par le secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC, ou ICT selon son acronyme anglais), où les professions sont dominées par les hommes. Il y a un grand effort à faire pour que les femmes considèrent un métier dans le digital dès un jeune âge, relate Judith Bellaiche, directrice de Swico, association professionnelle des TIC.

Manque de personnel informatique et soignant

Avec la crise, la pénurie de personnel s'est fortement aggravée pour le secteur. "Nous anticipons un manque important de spécialistes ICT dans les prochaines années", explique Serge Frech, directeur de ICT-Formation professionnelle Suisse. Le manque de 36'000 informaticiens prévu pour 2028 pourrait même être encore plus grave qu'envisagé, en raison de l'accélération de la numérisation due à la pandémie, analyse-t-il.

La cybersécurité pourrait figurer parmi les sous-industries les plus impactées par une hausse de la demande, souligne Judith Bellaiche. En cause notamment: un nombre d'incidents enregistrés en hausse depuis le début de la crise sanitaire.

La pandémie a aussi mis en lumière le problème de la pénurie de personnel soignant - notamment infirmier - lui aussi palpable depuis des années. Selon les prévisions actuelles, la relève disponible ne permettra de couvrir que 67% des besoins en personnel infirmier et 80% dans le domaine des soins et de l'accompagnement d'ici à 2029.

Conséquences sur le long terme

Autre secteur largement affecté: l'hôtellerie-restauration. "La pénurie de travailleurs qualifiés n'est pas un phénomène nouveau. La crise a exacerbé la situation", explique à Keystone-ATS Daniela Kimmich, spécialiste en communication chez GastroSuisse. Le secteur a perdu 50'000 emplois depuis le début de la pandémie, ce qui a conduit de nombreux travailleurs à se réorienter.

Il est donc encore plus difficile de combler les besoins en personnel qualifié aujourd'hui, relate encore la faîtière. "La branche devra lutter contre les conséquences de la pandémie pendant plus longtemps." (AWP)

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