Gimmel Rouages, un sous-traitant horloger qui résiste à la crise

L’entreprise neuchâteloise double sa surface de production. Spécialiste des rouages horlogers, elle espère développer des activités de précision sur de nouveaux marchés.

Patrick Di Lenardo
L’extension du site historique sur lequel la société est présente depuis presque cent ans est terminée La nouvelle halle – à droite sur l’image – est constituée d’une enveloppe en bois suisse surmontée de panneaux photovoltaïques

Le fabricant de composants horlogers microscopiques Gimmel Rouages a officiellement inauguré mardi son nouveau bâtiment. Sa surface de production a ainsi été doublée, atteignant 2200 mètres carrés. «Cette extension de notre site historique répond à notre ambition: augmenter nos capacités de production et notre chiffre d’affaires», commente David Guenin, CEO de la PME du Val-de-Ruz. Gimmel Rouages produit cinq millions de pièces annuellement, précises à deux microns près.

Avec son équipe près de 70 personnes, la société sert les grands noms du monde horloger. A l’avenir, elle compte diversifier ses produits «à d’autres composants de la montre» et exploiter son savoir-faire envers «d’autres secteurs, hors horlogerie», selon les mots de David Guenin. Le milieu des producteurs de micro-engrenages sur lequel cette firme familiale se positionne est composé de petits acteurs indépendants, une dizaine au total en Suisse. Ce marché de niche haut de gamme, proche de celui du décolletage, est peu fréquenté par les grandes structures de l’Arc jurassien, tels que Soprod ou ETA, qui préfèrent confectionner une multitude de composants voire des mouvements complets

La crise comme opportunité dans la sous-traitance

L’univers de la précision souffre de la pandémie. Selon la Fédération de l’industrie horlogère suisse, la branche a vu ses exportations diminuer d’un quart (-25,8%) entre janvier et octobre. La faîtière craint la plus forte contraction annuelle jamais enregistrée au cours des 80 dernières années. «Les sous-traitants forment la caisse de résonnance des marques. Ils sont les premiers affectés par les coups de frein. Mais aussi les premiers en piste lorsque l’économie redémarre», commente Thomas Baillod, expert en distribution horlogère internationale.

Si certaines marques vivent une véritable descente aux enfers, pour quelques sous-traitants helvétiques la crise pourrait se muer en opportunité. «C’est un secret de polichinelle: beaucoup de compagnies horlogères produisent en Asie. Face à la crise, une part de ces industriels sécurisent leur chaîne d’approvisionnement en rapatriant la production au pays. Se faisant, ils redonnent du travail aux manufactures voisines, en circuit court», explique le neuchâtelois Thomas Baillod, qui a lancé sa marque l’an dernier.

«Nous avons profité de la dernière expansion pour optimiser nos flux de production»
David Guenin, CEO

Malgré une inondation et une pandémie

Fondée en 1926, la firme du Val-de-Ruz avait déjà vécu deux agrandissements au cours de son histoire, l’un en 1997 et l’autre en 2011. «Nous avons profité de la dernière expansion pour optimiser nos flux de production. L’ancien bâtiment ayant subi des modifications successives, il n’offrait pas la meilleure organisation interne: nous l’avons entièrement réaménagé», décrit celui qui pilote l’entreprise familiale avec son frère, Simon Guenin. Ils ont succédé à leur père Vital Guenin en 2004 et sont copropriétaires de la compagnie.

L’agrandissement a été perturbée par deux crises successives. En juin 2019, alors que les travaux allaient débuter, une inondation a déposé cinq centimètres de boues dans toute l’usine. A cause de violents orages, l’eau était montée dans les villages de Dombresson et Villiers. «Nous avons dû adapter notre projet rapidement afin d’aménager un atelier provisoire pour continuer à travailler, ce qui a décalé le projet», se souvient le directeur. Puis, en mars 2020, la pandémie de Covid-19 a paralysé le milieu horloger. Il a alors fallu concilier la continuité de l’activité opérationnelle avec les travaux, tout en respectant les mesures sanitaires. «Ca a complexifié la gestion des travaux, c’est certain. Mais certaines interventions, au niveau de la rénovation, ont été facilitées par l’absence de bon nombre d’employés», décrit le CEO. Pile un an après l’inondation, en juin 2020, les employés ont pu commencer à intégrer le nouvel espace.

Les travaux ont été effectuées par des sociétés de la région durant une dizaine de mois pour un montant de «plusieurs millions de francs». L’entreprise n’en dévoile pas davantage.

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Sophie Marenne