La croissance chinoise plombée par les pénuries de courant et l'immobilier

La Chine a vu sa croissance s'essouffler au troisième trimestre, avec une hausse du PIB de 4,9% sur un an, contre 7,9% au deuxième trimestre. Le dollar profite des inquiétudes pour la Chine.

Keystone
Les centrales tournent au ralenti, malgré une forte demande, et l'électricité est rationnée, ce qui a fait bondir les coûts de production et pénalisé les entreprises.


"Les incertitudes s'accumulent" pour l'Empire du Milieu. La croissance économique de la Chine s'est tassée au troisième trimestre (+4,9% sur un an), conséquence de la crise de l'immobilier et des pénuries d'électricité qui pèsent sur les chaînes d'approvisionnement

Ce ralentissement était largement anticipé. Un groupe d'analystes sondés par l'AFP tablait toutefois sur une décélération moins prononcée (5%). Au deuxième trimestre 2021, le PIB du pays avait enregistré une hausse de 7,9% sur un an, après un rebond sur la période janvier-mars (18,3%).

Bien que sujet à caution, le chiffre officiel du PIB de la Chine est toujours scruté de près compte tenu du poids du pays dans l'économie mondiale. D'un trimestre à l'autre, la croissance du géant asiatique progresse de 0,2% seulement, un rythme bien inférieur à celui de la période avril-juin (1,3%).

"Les incertitudes liées à la conjoncture mondiale s'accumulent, tandis que la reprise intérieure reste instable et inégale", a relevé le Bureau national des statistiques (BNS). Ce ralentissement de la croissance est lié principalement à "des coupures de courant, au rebond épidémique dans certaines régions en août, à des perturbations des chaînes d'approvisionnement et au ralentissement dans l'immobilier", relève pour l'AFP l'analyste Rajiv Biswas, du cabinet IHS Markit.

"Incertitude considérable"

Désormais quasi débarrassée du Covid-19, la Chine voit sa reprise menacée par la forte hausse du coût des matières premières, en particulier du charbon, dont le pays est très dépendant pour alimenter ses centrales électriques. Résultat: les centrales tournent au ralenti, malgré une forte demande, et l'électricité est rationnée, ce qui a fait bondir les coûts de production et pénalisé les entreprises.

En septembre, la production industrielle a ainsi progressé de 3,1% seulement sur un an, un rythme bien moindre que celui enregistré un mois plus tôt (5,3%). Les analystes tablaient certes sur un ralentissement, mais plus modéré (4,5%). Autre point d'inquiétude pour les économistes: les déboires d'Evergrande et une éventuelle faillite de ce géant de l'immobilier.

Ce secteur, qui est traditionnellement l'une des locomotives de l'économie chinoise, a joué un rôle clé pour la reprise post-pandémie. De ce fait, "une incertitude considérable demeure" pour la croissance en fin d'année, soulignait récemment dans une note la banque d'affaires Goldman Sachs.

Une contagion de la crise immobilière au reste de l'économie pourrait coûter "dans le pire scénario" un à deux points de croissance à la Chine
UBS


Une contagion de la crise immobilière au reste de l'économie pourrait coûter "dans le pire scénario" un à deux points de croissance à la Chine, a prévenu UBS. Les autorités ont par ailleurs lancé ces derniers mois une campagne afin de freiner ce qu'elles considèrent comme un développement "désordonné" de l'économie.

Plusieurs secteurs dynamiques (numérique, showbiz, cours de soutien scolaire...) ont été visés, faisant perdre aux firmes dans le collimateur des dizaines de milliards d'euros de valeur boursière. Ce tour de vis a créé de l'incertitude parmi les investisseurs et pesé sur la croissance.

Crainte de l'hiver

Sur le front sanitaire, la Chine a été confrontée cet été à un rebond épidémique, le plus important en termes d'étendue géographique, qui a pénalisé la consommation. La situation est désormais largement maîtrisée. Les ventes de détail, principal indicateur de la consommation, ont malgré tout connu une hausse de 4,4% sur un an en septembre, contre 2,5% en août.

Il s'agit d'un niveau bien supérieur aux prévisions d'analystes (3,3%). Le taux de chômage - calculé pour les seuls urbains - s'est affiché en septembre à 4,9% en baisse de 0,2 point en août, après un record absolu de 6,2% en février 2020, au plus fort de l'épidémie.

Quant à l'investissement en capital fixe, sa croissance a fortement ralenti sur les neuf premiers mois de l'année, à 7,3%, selon le BNS. Officiellement, le gouvernement chinois vise un objectif de croissance du PIB d'au moins 6% cette année. Le Fonds monétaire international (FMI) table quant à lui sur une hausse de 8%.

"Mais les perspectives s'annoncent difficiles pour le quatrième trimestre", prévient M. Biswas. "Les pénuries d'électricité sont amenées à se poursuivre en hiver", une saison qui voit traditionnellement un pic de consommation.(AWP)

Le dollar profite des inquiétudes sur la Chine

Le dollar américain s'inscrivait en hausse lundi face à l'euro, le billet vert profitant de son statut de valeur refuge dans un marché inquiété par le ralentissement de la croissance chinoise et par l'inflation. Vers 11h40, la monnaie unique cédait 0,13% à 1,1584 dollar pour un euro. "Les investisseurs se tournent vers la monnaie américaine car la hausse des prix de l'énergie et le ralentissement de la croissance chinoise font croître les craintes d'une inflation élevée alors que la croissance stagne", explique Ricardo Evangelista, analyste chez ActivTrades. La croissance chinoise a atteint 4,9% sur un an au troisième trimestre, contre 7,9% sur un an au deuxième trimestre. Par ailleurs, les cours de l'énergie battent record sur record, les prix du pétrole ayant atteint de nouveaux plus haut depuis plusieurs années lundi matin. "Cela nourrit les attentes d'une hausse de l'inflation, qui pourrait forcer la main de la Fed (Banque centrale américaine) avant la fin de l'année", ajoute M. Evangelista. Un durcissement de la politique monétaire rendrait le dollar plus attractif. La même question se pose pour les autres banques centrales, et les cambistes ont écouté attentivement les interventions de Christine Lagarde, de la Banque centrale européenne (BCE) et d'Andrew Bailey, de la Banque d'Angleterre (BoE) lors d'une conférence du Fonds monétaire international ce week-end. "La différence entre deux gouverneurs de banque centrale ne pourrait pas être plus marquée", a souligné Ulrich Leuchtmann, analyste chez Commerzbank: Mme Lagarde maintient que l'inflation est due à des facteurs transitoires, tandis que M. Bailey a affirmé que son institut devrait agir contre l'inflation. Les marchés tablent désormais sur une hausse des taux directeurs britanniques avant la fin de l'année. La livre se stabilisait lundi après une semaine de hausse marquée (-0,04% face à la monnaie unique européenne à 84,40 pence pour un euro, après avoir atteint vendredi 84,24 pence, son plus fort depuis février 2020).

Prises de bénéfices sur les marchés boursiers

Le ralentissement de la croissance chinoise sur fond de hausse des coûts de l'énergie et de perturbations dans la chaîne d'approvisionnement mondiale provoquait des prises de bénéfices sur les marchés boursiers lundi.

En Europe vers 11H20 GMT, Paris (-0,78%), Milan (-0,90%), Francfort (-0,60%) et Londres (-0,23%) étaient lestés par le secteur du luxe.

Après un regain d'appétit pour le risque la semaine passée, les investisseurs sont "déçus par les mauvaises données économiques de la Chine, montrant un ralentissement de la croissance" et "ont du mal à anticiper les perspectives à court terme pour les actions", observe Pierre Veyret, analyste à ActivTrades.

"La crise énergétique persistante, bien qu'elle profite aux mineurs et aux autres valeurs liées au pétrole et au gaz, pèse également sur l'humeur générale", ajoute l'expert.

Ainsi, la Bourse de New York se dirigeait vers un repli à l'ouverture alors qu'elle avait affiché la semaine dernière, sa meilleure progression hebdomadaire depuis fin juin.

Le contrat à terme sur l'indice Dow Jones cédait 0,25%, celui sur le S&P 500 0,23% et celui sur l'indice Nasdaq, à forte coloration technologique, 0,15%.(AWP)

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