Art Basel mise sur un format hybride pour son édition 2021

Annulée en 2020, puis reportée de juin à septembre 2021, la foire Art Basel sera hybride, alors que les professionnels du secteur font face à une numérisation croissante.

Keystone
L'événement, qui avait accueilli 290 galeries en 2019, en comptera 272 d'une trentaine de pays pour cette nouvelle édition.

Art Basel, qui aura lieu du 24 au 26 septembre sur les bords du Rhin, a quasiment maintenu le nombre de galeries présentes, en dépit de la crise sanitaire. Le format de la foire sera hybride, alors que les professionnels du secteur font face à une numérisation croissante.

Annulée en 2020, puis reportée de juin à septembre 2021, la foire Art Basel organisée par le groupe MCH aura bien lieu dans la cité rhénane, de vendredi à dimanche. L'événement, qui avait accueilli 290 galeries en 2019, en comptera 272 d'une trentaine de pays pour cette nouvelle édition.

Parmi les représentants suisses figure le galeriste genevois Pierre-Henri Jaccaud, directeur de Skopia. "Je me réjouis d'y aller car c'est l'événement le plus important dans le domaine du marché de l'art. C'est un endroit où l'on espère faire des affaires et où l'on rencontre des gens qu'il serait plus difficile ou impossible de rencontrer à un autre moment ou à Genève." Il reconnaît toutefois que ses objectifs ne sont pas aussi ambitieux que les années précédentes, sans les chiffrer.

Quasiment tous les jours, j'apprends que quelqu'un ne viendra pas ou ne viendra qu'une journée au lieu de trois
Pierre-Henri Jaccaud, directeur de Skopia


La crise sanitaire liée à la pandémie de coronavirus a laissé des traces, explique à AWP celui qui participe à cette grand-messe depuis 1993. "Quasiment tous les jours, j'apprends que quelqu'un ne viendra pas ou ne viendra qu'une journée au lieu de trois". La foire n'a reconnu que tardivement le vaccin d'AstraZeneca, en plus de ceux administrés en Suisse, "donc certains Britanniques ne seront sans doute pas là. Sans oublier le nombre élevé de cas de coronavirus en Suisse avec un risque de quarantaine au retour pour les ressortissants de certains pays."

Moins de visiteurs

Il y a deux ans, Art Basel avait attiré 93'000 visiteurs. Cette fois, "il y aura moins de fréquentation, mais je pense que cela n'empêchera pas la qualité des visiteurs", a assuré M. Jaccaud dont la clientèle est suisse, européenne, russe et américaine. "Les gens vraiment motivés viendront voir de l'art. Je mise là-dessus. Quand je fais un vernissage à la galerie avec 500 personnes, je n'ai le temps de parler à personne. S'il y a moins de monde, on peut approfondir les discussions et peut-être conclure une affaire".

Erik Herkrath, directeur de la galerie Buchmann, présente à Lugano et à Berlin, se réjouit "que la foire ait lieu, même si ce sera assurément différent. On voit que les gens, les collectionneurs, veulent à nouveau avoir des contacts. On aura la possibilité d'avoir des échanges plus profonds avec les personnes s'il y a moins de monde", a estimé à AWP le patron.

Nous vendons quelques oeuvres en ligne. Ce commerce est devenu plus important depuis l'an dernier, mais ce n'est pas le premier canal
Erik Herkrath, directeur de la galerie Buchmann


La galerie, présente depuis 40 ans à Art Basel, présentera aussi son travail en ligne pour les collectionneurs qui n'auront pas pu ou voulu se déplacer. La foire se tient elle-même dans un format hybride, avec sa plateforme Art Basel Live, afin de toucher "une large audience mondiale à travers un programme numérique", selon un communiqué de presse.

Vente en ligne

Avant la pandémie, la galerie Buchmann était "déjà très bien positionnée en ligne", a souligné M. Herkrath, par exemple sur les plateformes Artnet.com et Ocula.com. "Nous vendons quelques oeuvres en ligne. Ce commerce est devenu plus important depuis l'an dernier, mais ce n'est pas le premier canal". Il peut même concerner des oeuvres chères, si le collectionneur connaît le travail de l'artiste et a accès à des photos et des vidéos de l'oeuvre prisée.

Son homologue genevois estime que pour des oeuvres qu'un collectionneur ne connaît pas, "l'expérience physique" compte encore. "Je vends des oeuvres d'art uniques. Je ne crois pas que l'on puisse vendre de l'art que l'on n'expérimente pas physiquement. De plus, il y a encore un contact personnel, un rapport de confiance avec le galeriste, qui peut donner des conseils", a déclaré Pierre-Henri Jaccaud.

12,4 milliards de dollars de recettes

En 2020, les ventes en ligne d'oeuvres d'art ont atteint 12,4 milliards de dollars, soit le double par rapport à 2019, et représentaient une part de marché de 25%, d'après le dernier rapport sur le marché de l'art de Clare McAndrews pour Art Basel et UBS. Si ces chiffres révèlent "le succès des stratégies numériques d'élargissement de la base des acheteurs", le rapport, publié au début du mois, pointe cependant "les difficultés" à fidéliser la clientèle.

( Claire Kostmann, AWP)

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