Article éditorial

Des retombées terriennes uniques

L'industrie spatiale suisse bénéficiera du mouvement créé par la mission ClearSpace-1. Cette solution imaginée en Suisse pallie le problème de la prolifération des déchets, accentué par les méga-constellations.

L’ère des méga-constellations a débuté. Faisant la course en tête, Starlink de SpaceX déploie déjà près de 500 des 42.000 satellites prévus. OneWeb, désormais aux mains du Royaume-Uni et du groupe indien Bharti, a mis en orbite près de 100 de ses 650 appareils. Kuiper d’Amazon en comptera 3236. La Chine envisage d’en lancer 12.992. Des projets russes et européens sont en gestation. De quoi éclipser les 3200 satellites actuellement en fonction autour de la Terre. Le ciel est pris d’assaut. Pourtant, il n’est pas une ressource infinie. 

A mesure que l’accès au cosmos se démocratise, les déchets y pullulent. Les satellites naviguent entre des centaines de millions de débris dont les dimensions varient de quelques millimètres à la taille d’un bus. A terme, les manœuvres d’évitement ne suffiront plus. Même si l’humanité arrêtait tout lancement spatial, le nombre de reliquats orbitaux continuerait de croître. En cause: des collisions en cascade d’objets qui se déplacent parfois à 28.000 km/h. 

Nettoyer l’immense décharge entourant la planète est une nécessité. La mission ClearSpace-1, le premier camion poubelle de l’espace, n’a donc rien de farfelu. C’est même une formidable opportunité pour la Suisse. Non seulement elle sensibilise le public à la problématique de la durabilité spatiale, mais elle permet la mise au point de technologies aux plus-values socio-économiques bien terriennes.

Jamais une mission d’une telle ampleur n’avait été confiée à la Suisse, pays membre fondateur de l’ESA et 7e sur l’échelle de ses 22 contributeurs. Le budget de sa participation pour 2021 a été fixé à 185 millions de francs. Le parlement a confirmé une croissance des crédits spatiaux de 2,1% pour la période allant de 2021 à 2024. Un signe encourageant pour le secteur spatial alors même que les relations Suisse-Europe traversent actuellement une zone de turbulence.


Erratum: le montant de la participation de la Suisse au budget de l'ESA a été corrigé (20/01/2021, 11h30).


Commentaires

Sophie Marenne