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Climat: voir à long terme pour éviter
 «la tragédie de l’horizon»

Une personne qui se promène en regardant son téléphone sait que si elle ne lève pas les yeux, elle risque une collision. C'est pareil pour l’évolution du climat. Par Marie Owens Thomsen

Keystone
Malgré le fait que 50 années se sont écoulées depuis les premières estimations concernant l’évolution du climat, la date ultime pour la plupart des modèles climatiques n’a pas été poussée au-delà de 2100.

Les marchés financiers évoluent entre autres en fonction des publications des résultats trimestriels des sociétés. L’évolution du climat s’articule quant à elle à travers les siècles. Un des défis dans la transition vers une économie plus durable et inclusive est de réconcilier les horizons temporels. Mark Carney, conseiller auprès de Boris Johnson pour la COP 26 et envoyé spécial des Nations Unies pour le financement de l’action climatique, a souvent souligné ce problème, parlant de la «tragédie de l’horizon».

Lorsque nous nous rendons compte du danger, il est souvent trop tard et l’accident peut être inévitable
Marie Owens Thomsen


Une personne qui se promène en regardant son téléphone portable sait que si elle ne lève pas les yeux, elle risque une collision. Même phénomène pour l’évolution du climat, lorsque nous nous rendons compte du danger, il est souvent trop tard et l’accident peut être inévitable.

Une recherche publiée dans le journal «Global Change Biology» en septembre 2021 relève que malgré le fait que 50 années se sont écoulées depuis les premières estimations concernant l’évolution du climat, la date ultime pour la plupart des modèles climatiques n’a pas été poussée au-delà de 2100.

Les chercheurs ont pourtant modélisé le changement climatique à l’horizon de 2500 sur une série de scénarios d’émissions de CO2 et ont quantifié les projections associées à la viabilité des cultures et du stress thermique. Ensemble, les projections montrent que les impacts climatiques mondiaux augmentent considérablement après 2100 sans atténuation rapide des émissions des gazes à effet de serre.

L’évolution de la population mondiale est également un facteur à prendre en compte.
Marie Owens Thomsen

Le réchauffement climatique produira, selon l’étude, une diminution des régions potentiellement cultivables, les poussant vers les pôles de la Terre. En outre, les denrées cultivables se raréfient. Le blé, les pommes de terre et la cassave (racine du manioc) figureraient parmi les plus grands perdants en termes de surface de terre appropriée à leur cultivation à l’horizon de 2500. Seuls les productions de soja et de maïs ont prévu de perdurer voir de s’étendre dans les climats adaptés à leur cultivation.

L’évolution de la population mondiale est également un facteur à prendre en compte. Les estimations actuelles prévoient une population d’entre 7 et 16 milliards de personne d’ici 2100. Si le haut de cette fourchette était atteint, la question de la sécurité alimentaire deviendrait critique.

Sans une prise de conscience des impacts probables sur le long terme (au-delà de 2100), les actions actuellement mises en place ne prévoyant pas de solution au-delà de 2100 laisserait l’avenir durable sans issue.ν

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Marie Owens Thomsen

Lombard Odier Head of global trends and sustainability