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Pourquoi si peu de licornes en Suisse?

Pour quelles raisons nos meilleures start-up finissent souvent par être acquises par des groupes étrangers? La chronique Switzerland Inc. par Philippe D. Monnier.

BestMile
La start-up vaudoise BestMile a déposé le bilan.

La start-up vaudoise BestMile vient d’annoncer le dépôt de son bilan. Cette nouvelle est particulièrement triste car cette entreprise était bien partie pour devenir une licorne voire le prochain Logitech.

Mais pourquoi la Suisse, championne de l’innovation, produit tellement peu de licornes? Pour quelles raisons nos meilleures start-up finissent souvent par être acquises par des groupes étrangers voire par émigrer?

La disponibilité réduite du financement de croissance n’est pas la véritable raison du problème

Mon expérience suggère que la disponibilité réduite en Suisse du financement de croissance n’est pas la véritable raison du problème. En effet, la plupart des investisseurs étrangers ne sont pas réticents à l’idée d’investir dans un pays aussi stable que la Suisse. En outre, le manque d’esprit d’entreprise des Suisses n’est sans doute pas la source de nos difficultés car l’Helvétie accueille un nombre élevé de ressortissants étrangers.

A mon sens, le manque de licornes est avant tout dû à une déficience bien connue mais dont la gravité est largement sous-estimée. Presque tous les entrepreneurs suisses m’en parlent ouvertement mais aucun d’entre eux ne souhaite être mis en avant sur ce sujet. Je me réfère à l’imposition des start-uppers sur la base de leur fortune virtuelle.

Prenons un exemple: un entrepreneur investit ses économies, disons 100.000 francs, pour créer une start-up en Suisse. Heureusement, ce fondateur parvient à attirer sous peu quelques grands investisseurs. Supposons que ces derniers injectent 50 million moyennant une valorisation de 500 million. Par conséquent, le fondateur de la start-up possèdera une fortune virtuelle s’élevant à 450 million.

Dans les cantons de Genève et de Vaud, étant donné sa fortune virtuelle, ce malheureux devra verser chaque année au fisc environ 4,5 millions. Là où le bat blesse, c’est que le salaire du jeune entrepreneur est certainement très en dessous de cette somme, en particulier si sa société est encore en phase pré-commerciale. 

Il existe des moyens d’atténuer ce problème, par exemple les boucliers fiscaux, les taux réduits en Suisse centrale ou l’imposition spécifique aux start-up appliquée à Zurich. Il se murmure aussi que quelques start-up vaudoises jouissent de régimes d’exception… Malheureusement, la seule solution systématique est l’émigration vers un pays plus accueillant pour les start-up. Pour le bien de la Suisse, pourvu que cette situation finisse par changer rapidement.

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Philippe D. Monnier

Entrepreneur et administrateur