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LPP21: Une «réforme» qui manque d’ambition

La prévoyance vieillesse fait partie des principales préoccupations de la population. Par Nicolas Jutzet

La prévoyance vieillesse fait partie des principales préoccupations de la population. C’est un fait, il faut agir rapidement car ce n’est pas moins de 800.000 actifs qui partiront à la retraite dans les dix prochaines années. La nouvelle proposition de réforme de la prévoyance professionnelle (LPP21) est née suite à ce constat implacable: nous vivons plus longtemps, avec des rendements de capitaux moins intéressants, notamment en raison des taux négatifs. Les rendements actuels ne permettent déjà plus de tenir les engagements pris. Ce qui entraine une charge supplémentaire. Rien que l’année dernière 7 milliards de francs ont été redistribués des actifs aux retraités dans le deuxième pilier, bien que cela ne soit pas prévu par le système, basé sur la capitalisation individuelle. Malheureusement, alors que la situation est alarmante, la LPP21 est loin d’être à la hauteur. La démographie n’a pourtant que faire des querelles politiques, il faut adapter rapidement le système des retraites à la réalité.

S’il est compréhensible pour les actifs d’accepter une adaptation des taux de cotisation – pour remédier à une situation qui pénalise les plus âgés – il est exclu d’augmenter la redistribution entre les actifs et les retraités, comme le veut la réforme. L’élément central de la proposition est la réduction justifiée – en raison de rendements en baisse et de l’augmentation de l’espérance de vie – du taux de conversion légal de 6,8 à 6%. Toutefois, plutôt que d’admettre que cette réduction est logique, la proposition prévoit en conséquence une double compensation, pour sauvegarder le niveau des rentes et parfois même l’améliorer. La facture serait payée par les actifs et les nouvelles générations. De fait, le financement de ces mesures va clairement à l’encontre de la logique de capitalisation du 2e pilier, en introduisant un mécanisme de redistribution. Les jeunesses de plusieurs partis du centre et de droite rejettent cette méthode. Avec ce changement, contrairement à ce qui est prévu normalement dans la prévoyance professionnelle, les actifs n’épargneraient plus seulement pour eux-mêmes, mais paieraient également directement les rentes actuelles. Cette approche facilite et institutionnalise la redistribution entre les générations, ce qui porte atteinte au sain équilibre entre les piliers de notre système de retraite.

Le temps des réformes poussives qui mélangent les genres et transfèrent simplement la facture aux générations suivantes est passé. De manière générale nos retraites doivent cesser de dépendre des calculs politiques à court-terme. Il faut introduire des mécanismes automatiques, avec un taux de conversion dissocié de toute considération politique. Le parlement doit maintenant corriger les faiblesses de cette proposition. Sinon, un énième échec est programmé. Alors que le temps presse !


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Nicolas Jutzet

Liber-thé Co-fondateur

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