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L’honneur perdu des Prix Nobel

Le Prix Nobel d’économie est allé, une fois de plus, à des Nord-Américains. On peut regretter ces choix, qui traduisent des biais de plus en plus patents. Par Guy Mettan

Keystone

Les derniers Prix Nobel sont tombés. Après les Nobel de la paix, attribués vendredi dernier à un journaliste russe anti-Poutine et une journaliste philippine anti-Duterte, le Prix Nobel d’économie est allé, une fois de plus, à des Nord-Américains, qui cumulent à ce jour 566 distinctions sur 889 et 69 Nobel d’économie sur 99 (dont 9 prix pour l’école néolibérale de Chicago!) On peut regretter ces choix, qui traduisent des biais de plus en plus patents, et qui, à notre avis, portent atteinte au prestige de ces prix malgré la qualité de travaux récompensés.

Prenons le cas des Nobel de la paix. On se souvient de l’attribution, plus que discutable, de ce prix à Barack Obama en 2009, un président qui n’a pas hésité à pratiquer l’assassinat par drone, à bombarder la Libye et la Syrie et n’a pas fermé la prison de Guantanamo comme il l’avait promis. En 2010, on récidivait en récompensant l’Union européenne pour sa contribution à la paix en Europe, alors que la plupart des membres s’étaient joints au bombardement illégal de la Serbie en 1999. Et en 2019, c’est le président éthiopien Abiy Ahmed, initiateur de la guerre au Tigray, qui se voyait couronné...

Rien à voir avec la paix

Quant aux deux lauréats 2021, ils n’ont pas démérité, certes, et les média n’ont pas manqué de s’en réjouir. Mais il y a un petit hic: ces deux personnalités n’ont strictement rien à voir avec la paix, ni avec les buts du prix, qui est censé récompenser «la personnalité ou l’organisme ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix.» Les vrais activistes pour la paix ne manquent pourtant pas, du professeur Richard Falk, rapporteur pour la Palestine et pacifiste reconnu, à Mel Duncan, directeur de Nonviolent Peaceforce, en passant par Julian Assange, dénonciateur des crimes de guerre américains en Irak et en Afghanistan.

Mais voilà, ces candidats-là ne remplissent pas l’agenda des va-t-en guerre occidentaux et se contentent de dénoncer les violations des droits de l’Homme dans des pays hostiles à l’Occident, tout en étant d’ailleurs financés par lui, comme c’est le cas du journal russe Novaya Gazeta et du site philippin de Maria Ressa.

Et quand on sait que la Norvège est en train de chercher des prétextes pour construire de nouvelles bases militaires de l’OTAN sur son sol pour contrer la Russie et que le président Duterte avait commencé son mandat en voulant fermer les bases américaines dans son pays, on peut sérieusement douter de l’objectivité de ces choix.

Il serait donc temps que les comités Nobel retrouvent leurs fondamentaux et fassent moins de politique.

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Guy Mettan

Journaliste indépendant