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Le prix de la prudence

Le Conseil fédéral fait-il tout faux? Par Cristina Gaggini

«Ils ne sont pas au bord du gouffre. Ils sont dans le gouffre!» La formule choc du président de Gastro Vaud en dit long. Elle s’applique à de dizaines de milliers d’entreprises de bien des secteurs.

Les indemnités ne couvrent qu’une partie des frais fixes, pour autant qu’elles arrivent à temps. Conscient de la situation, le Conseil fédéral a pourtant décidé de ne pas tenir compte de l’avis d’une majorité de Cantons, des milieux économiques et des commissions parlementaires compétentes. Seule concession: un point de situation le 12 mars pour un éventuel ultérieur assouplissement au 22 mars « si la situation sanitaire s’améliore ».

Certes, la prudence est de mise. Mais elle a un prix qui se chiffre en dizaine de milliards d’indemnités et – surtout – en projets de vie avortés, en difficultés financières pour des pans entier de la population, en chômeurs, en dépressions sévères. Bref, en drames humains et familiaux avec leur cohorte de séquelles à long terme. Le Conseil fédéral fait-il tout faux? Certainement pas. Il est juste de déconfiner par étapes. Mais sa gestion de la crise est discutable.

Premièrement en matière de prévisibilité. Le gouvernement n’a présenté son plan de déconfinement que très tardivement. Si bien qu’Economiesuisse a dû prendre les devants et en a proposé un, en quatre étapes, jusqu’à l’atteinte de l’immunité collective. Le plan du gouvernement s’arrête, lui, au 1er avril. Alors même que le moral des troupes est au plus bas. Deuxièmement, le Conseil fédéral n’intègre pas un indicateur pourtant essentiel qu’est l’avancement de la vaccination. Les populations les plus à risque sont vaccinées ou le seront d’ici fin mars. Une surcharge des hôpitaux et une surmortalité sont donc bien moins probables. Toujours au plan de la vaccination, le manque de transparence du calendrier laisse songeur. Troisièmement, l’appel aux cantons d’effectuer des dépistages réguliers à large échelle paraît pour le moins faible. Pourtant, pour l’heure, c’est le seul moyen de rompre les chaînes de transmission le plus tôt possible.

L’incertitude, l’incompréhension et l’agacement se transforment en colère. De là à la désobéissance civile – collective ou individuelle – il n’y a, hélas, qu’un pas. La décision de certains cantons alémaniques de ne pas fermer les terrasses des stations de ski en est la preuve. Tablant sans doute sur le caractère foncièrement pacifique et discipliné des Suisses, le Conseil fédéral fait un pari très risqué.

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Cristina Gaggini

Economiesuisse Directrice romande

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