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La culture du débat, une suissitude à préserver

Découvrez la nouvelle chronique de Philippe Miauton dans «L'Agefi».

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«La votation sur la loi Covid de novembre dernier a laissé des traces: menaces de mort contre des élus et Place fédérale barricadée un dimanche de votation…»

La journaliste française Eugénie Bastié était l’invitée ce 10 mai de l’assemblée générale de la CVCI. Pour résumer son propos – elle me pardonnera le raccourci – je citerai le titre de son dernier ouvrage: «La Guerre des idées». Aujourd’hui, on ne débat plus, on s’écharpe. Chacun dans sa bulle, chacun droit dans ses bottes. L’indignation et l’émotion ont remplacé l’abstraction et la réflexion. Une société du clash, polarisée, nourrie aux réseaux sociaux et aux chaines d’info, ou la nuance n’a pas – peu – sa place.

Alors c’est vrai, quand Eugénie Bastié parle, c’est la France qu’elle dessine. Avec, de temps en temps, une incursion aux Etats-Unis. Quand, je lui ai parlé de notre «paix du travail», j’ai lu dans ses yeux une certaine incrédulité. Mais soyons honnêtes, tout Sonderfall qu’elle soit, la Suisse n’échappe pas à cette tendance. Les commentaires sur Twitter et autre FB ne volent pas plus haut ici qu’ailleurs. Et la votation sur la loi Covid de novembre dernier a laissé des traces: menaces de mort contre des élus et Place fédérale barricadée un dimanche de votation… Non, décidément, la Suisse n’échappe pas à la «guerre des idées».

Cela dit, nous avons un atout de taille. La culture du débat, mais aussi celle de la politique de milice. Voter 4 fois par année nous oblige. Politiques, associations économiques, société civile… tous s’emploient à argumenter, expliquer, confronter les opinions pour convaincre et gagner devant le peuple. Dans un pays aux 4 langues nationales, basé sur un système de concordance, c’est une deuxième nature.

Aujourd’hui, on ne débat plus, on s’écharpe. Chacun dans sa bulle, chacun droit dans ses bottes
Philippe Miauton

A nous d’utiliser cet avantage pour dépasser les tares de l’époque. Nous, associations économiques. Nous, chefs d’entreprises. Nous, citoyens. L’économie, c’est nous tous! La prospérité ne tombe pas du ciel, les patrons ne sont pas manichéens mais humains, et l’économie n’est pas incompatible avec le social ou l’écologie. Bien au contraire, les entreprises y contribuent largement. Elles sont même souvent, grâce à leurs innovations, la solution aux besoins de notre société. Il faut sortir des clichés, sortir des bulles des filtres des réseaux sociaux, continuer à débattre, sans relâche. Avec respect, mais pas sans panache.

A ce prix, l’on conservera la stabilité et la solidité que l’on nous connaît et qui contraste avec nos voisins, chez qui les conséquences financières du Covid vont laisser des séquelles. A ce prix, nous relèverons les énormes défis qui nous attendent: durabilité, dossier européen, fiscalité internationale, cybersécurité, approvisionnement énergétique, prévoyance vieillesse, et j’en passe…

Avec en prime, peut-être, une paix des idées.

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Philippe Miauton

Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) Directeur