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La chimie antiadhésive inventée par l’homme

Difficilement biodégradables, les déchets du type téflon s’accumulent au fil du temps dans l’environnement et dans nos corps. Par Marie Owens Thomsen

Keystone

Il est évident que les activités de l’homme ont contribué à l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Il est moins flagrant d’apprendre que l’homme a développé plus de 144.000 produits chimiques à un rythme de 2000 nouveaux produits par année. Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement, la plupart d'entre eux n'auraient jamais été examinés quant à leurs risques sur le plan de la santé humaine ou de l’environnement.

En 1938, le chimiste Roy Plunkett créé le polytétrafluoroéthylène (PTFE), un produit chimique plus connu sous le nom de téflon. Ce polymère appartient à la famille de quelques 4700 produits chimiques per- et polyfluorés (PFAS).

Des résidus de cette catégorie de produits ont envahi le monde entier. Difficilement biodégradables, ils s’accumulent au fil du temps dans l’environnement et dans nos corps.

En Suisse, un assainissement a débuté le printemps dernier après que cinq sites aient été classés comme «fortement pollués» par des PFAS.
Marie Owens Thomsen

Les scientifiques ont détecté du PFAS dans les corps de 98% des américains, mais aussi dans des ours polaires, des oiseaux, des dauphins et également dans l’eau potable de certains pays européens (Belgique, Pays-Bas, Italie).

En Suisse, un assainissement a débuté le printemps dernier après que cinq sites aient été classés comme «fortement pollués» par des PFAS.

Dans l’industrie ces polymères sont recherchés notamment pour leurs caractéristiques antiadhésives. En outre, ils sont résistants à l’eau, à la graisse et aux saletés. Ainsi, pratiquement toutes les industries y ont recours dans la fabrication par exemple des poêles, vêtements, papiers photographiques et d’emballage, pesticides, mousse des extincteurs, colorants, avions et bien d’autres. 

Selon l'agence danoise de l’environnement, les données disponibles toxicologiques sur les PFAS sont souvent limitées.

Un certain nombre de ces substances ont néanmoins des effets néfastes connus sur la santé comme des dommages au foie, une altération du système immunitaire (et donc capables d’affaiblir la réaction à la vaccination), une altération de la fertilité, des malformations congénitales, ainsi que d'éventuelles perturbations endocriniennes et propriétés cancérigènes.

En 2005, la société Dupont a été contrainte de verser 16,5 millions de dollars pour avoir dissimulé les risques liés à ces produits. L’Allemagne, les Pays-Bas et les pays scandinaves œuvrent actuellement en faveur de leur interdiction dans l’UE à partir de 2030. Un accord sur la question serait envisageable à partir de 2025. Un projet à laquelle nous devrions tous adhérer. 

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Marie Owens Thomsen

Lombard Odier Head of global trends and sustainability